Deutsch-französische Partnerschaft ou couple franco-allemand ? La place de l’Allemagne en Europe ?
Je commencerai par une citation du philosophe Pierre Manent extraite d’un article paru il y a un an dans Le Figaro [1] :
« La relation que les Français ont nouée avec l’Allemagne dans la dernière période est vraiment étrange. Ils tiennent absolument à épouser l’Allemagne. Les Allemands sont très courtois mais ils nous avaient signifié très clairement dès le lendemain de la signature du traité de l’Élysée qu’ils n’étaient pas intéressés par ce mariage. »
Pierre Manent faisait allusion au préambule unilatéral ajouté par le Bundestag avant de ratifier le traité dans lequel il affirmait son attachement à l’acquis communautaire supranational – alors que le traité était clairement d’inspiration inter-gouvernementale – et l’importance de l’OTAN pour la défense de l’Europe, ce qui aboutissait à vider le traité de sa substance.
La relation franco-allemande actuelle est telle que l’a décrite Pierre Manent. Les dirigeants français veulent épouser l’Allemagne. L’Allemagne nous oppose poliment mais de plus en plus fermement une fin de non-recevoir. Elle consent à quelques projets iréniques, comme le serpent de mer de la constitution d’une armée européenne, pour mieux différer – ou botter en touche – sur ce qu’il est nécessaire de faire immédiatement. Cela s’illustre dans le discours devant le Parlement européen, la semaine dernière, d’une Angela Merkel qui se déclare favorable à une armée européenne « dans le cadre de l’OTAN » mais ne dit pas un mot sur les réformes de la zone euro telles que les propose Emmanuel Macron et se contente d’un petit mot sur la taxe GAFA, principalement défendue par la France, pour la différer : Ma priorité est la taxation des GAFA à l’échelle internationale et si en 2020 l’OCDE ne parvient pas à un accord sur le sujet, on verra ce qui peut être fait à l’échelon de l’Union européenne.
Nos dirigeants font énormément de déclarations d’amour à l’Allemagne, principalement Emmanuel Macron qui a l’air très épris, mais ils se font régulièrement éconduire. Cette passion n’est pas partagée par la société française où l’Allemagne reste un pays méconnu vécu comme très différent, ce qui contraste avec la sympathie spontanée qui va à l’Italie ou même à l’Angleterre.
Pourquoi cette passion unilatérale des dirigeants français pour l’Allemagne ?
Il semble que l’Allemagne joue à la fois le rôle de modèle à imiter et celui de contrainte extérieure que l’on se donne comme prétexte dans le cadre d’une sorte de servitude volontaire.
Pourquoi un modèle à imiter ?
Emmanuel Macron a ébauché une réponse à cette question lorsqu’il s’est rendu au Danemark : il a fait valoir que les Danois, comme les Allemands, sont des luthériens et les a opposés à ces « Gaulois réfractaires » que sont les Français. Il donnait un peu l’impression que son rêve était de diriger un peuple luthérien respectueux des hiérarchies, discipliné, disposé à accepter réforme de structure sur réforme de structure sans broncher. L’Allemagne serait ce pays merveilleux qui a d’ailleurs fait la réforme des réformes, celle de son marché du travail, avec les lois Hartz votées en 2005 sous Gerhard Schröder, ce qui a fait tomber en pamoison tous les présidents français successifs. Nicolas Sarkozy s’y est souvent référé, tout comme François Hollande et, bien sûr, Emmanuel Macron.
Il faudrait donc à toute force imiter ce « modèle » allemand surperformant. Surperformant à cause de son excédent commercial, de son équilibre budgétaire parfait, de sa capacité à se désendetter (ce à quoi échoue la France).
Mais un modèle dont on ne voit pas les limites :
On oublie qu’un pays qui a misé sur le tout à l’export et vit essentiellement de ses exportations est tributaire de la santé économique de sa clientèle et du monde en général.
De plus, cet équilibre budgétaire parfait se traduit par un problème chronique de sous-investissement public en Allemagne. Or un pays qui n’investit pas dans ses infrastructures publiques hypothèque assez lourdement son avenir.
On oublie aussi que ce modèle tant admiré n’est plus tout à fait le modèle allemand. Comme l’a dit Édouard Husson, ce qui faisait jadis la spécificité du capitalisme rhénan a été abîmé par la néolibéralisation, la financiarisation de l’économie allemande. Les réformes du marché du travail dont j’ai parlé ont abouti aux mini jobs, au temps partiel contraint, à un monde du travail à deux vitesses, et à l’augmentation des inégalités que dénoncent aujourd’hui un certain nombre d’économistes allemands dans des articles parus dans la presse française.
Pourtant, on ne sort pas de ce mythe d’un modèle allemand qu’il faudrait absolument importer che...
« La relation que les Français ont nouée avec l’Allemagne dans la dernière période est vraiment étrange. Ils tiennent absolument à épouser l’Allemagne. Les Allemands sont très courtois mais ils nous avaient signifié très clairement dès le lendemain de la signature du traité de l’Élysée qu’ils n’étaient pas intéressés par ce mariage. »
Pierre Manent faisait allusion au préambule unilatéral ajouté par le Bundestag avant de ratifier le traité dans lequel il affirmait son attachement à l’acquis communautaire supranational – alors que le traité était clairement d’inspiration inter-gouvernementale – et l’importance de l’OTAN pour la défense de l’Europe, ce qui aboutissait à vider le traité de sa substance.
La relation franco-allemande actuelle est telle que l’a décrite Pierre Manent. Les dirigeants français veulent épouser l’Allemagne. L’Allemagne nous oppose poliment mais de plus en plus fermement une fin de non-recevoir. Elle consent à quelques projets iréniques, comme le serpent de mer de la constitution d’une armée européenne, pour mieux différer – ou botter en touche – sur ce qu’il est nécessaire de faire immédiatement. Cela s’illustre dans le discours devant le Parlement européen, la semaine dernière, d’une Angela Merkel qui se déclare favorable à une armée européenne « dans le cadre de l’OTAN » mais ne dit pas un mot sur les réformes de la zone euro telles que les propose Emmanuel Macron et se contente d’un petit mot sur la taxe GAFA, principalement défendue par la France, pour la différer : Ma priorité est la taxation des GAFA à l’échelle internationale et si en 2020 l’OCDE ne parvient pas à un accord sur le sujet, on verra ce qui peut être fait à l’échelon de l’Union européenne.
Nos dirigeants font énormément de déclarations d’amour à l’Allemagne, principalement Emmanuel Macron qui a l’air très épris, mais ils se font régulièrement éconduire. Cette passion n’est pas partagée par la société française où l’Allemagne reste un pays méconnu vécu comme très différent, ce qui contraste avec la sympathie spontanée qui va à l’Italie ou même à l’Angleterre.
Pourquoi cette passion unilatérale des dirigeants français pour l’Allemagne ?
Il semble que l’Allemagne joue à la fois le rôle de modèle à imiter et celui de contrainte extérieure que l’on se donne comme prétexte dans le cadre d’une sorte de servitude volontaire.
Pourquoi un modèle à imiter ?
Emmanuel Macron a ébauché une réponse à cette question lorsqu’il s’est rendu au Danemark : il a fait valoir que les Danois, comme les Allemands, sont des luthériens et les a opposés à ces « Gaulois réfractaires » que sont les Français. Il donnait un peu l’impression que son rêve était de diriger un peuple luthérien respectueux des hiérarchies, discipliné, disposé à accepter réforme de structure sur réforme de structure sans broncher. L’Allemagne serait ce pays merveilleux qui a d’ailleurs fait la réforme des réformes, celle de son marché du travail, avec les lois Hartz votées en 2005 sous Gerhard Schröder, ce qui a fait tomber en pamoison tous les présidents français successifs. Nicolas Sarkozy s’y est souvent référé, tout comme François Hollande et, bien sûr, Emmanuel Macron.
Il faudrait donc à toute force imiter ce « modèle » allemand surperformant. Surperformant à cause de son excédent commercial, de son équilibre budgétaire parfait, de sa capacité à se désendetter (ce à quoi échoue la France).
Mais un modèle dont on ne voit pas les limites :
On oublie qu’un pays qui a misé sur le tout à l’export et vit essentiellement de ses exportations est tributaire de la santé économique de sa clientèle et du monde en général.
De plus, cet équilibre budgétaire parfait se traduit par un problème chronique de sous-investissement public en Allemagne. Or un pays qui n’investit pas dans ses infrastructures publiques hypothèque assez lourdement son avenir.
On oublie aussi que ce modèle tant admiré n’est plus tout à fait le modèle allemand. Comme l’a dit Édouard Husson, ce qui faisait jadis la spécificité du capitalisme rhénan a été abîmé par la néolibéralisation, la financiarisation de l’économie allemande. Les réformes du marché du travail dont j’ai parlé ont abouti aux mini jobs, au temps partiel contraint, à un monde du travail à deux vitesses, et à l’augmentation des inégalités que dénoncent aujourd’hui un certain nombre d’économistes allemands dans des articles parus dans la presse française.
Pourtant, on ne sort pas de ce mythe d’un modèle allemand qu’il faudrait absolument importer che...
