Le désormais ancien maire de Brioude, Jean-Jacques Faucher, revient sur quatre mandats en cinq anecdotes
Jean-Jacques Faucher a quitté le fauteuil de maire de Brioude le 26 mai dernier. Au terme d’une prolongation exceptionnelle liée à la crise du coronavirus, il aurait pu, à quelques jours près, célébrer un quart de siècle passé à la tête de la commune. Presque vingt-cinq années pendant lesquelles il a eu le temps de faire le plein d’anecdotes et de souvenirs inoubliables. Quelques jours après avoir passé le flambeau à Jean-Luc Vachelard, il a accepté de se livrer à un exercice difficile : piocher parmi une foule de moments forts, de rencontres marquantes, et d’anecdotes croustillantes, pour en livrer les meilleurs moments. Retour sur quelques-unes, parmi tant d’autres…
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Arnaque médicaleAlors que la maternité de Brioude était menacée de fermeture, avec un gynécologue manquant et seulement 100 accouchements par an, Jean-Jacques Faucher se souvient de ce dimanche où le directeur de l’hôpital l’a appelé, dans l’urgence : « Il m’a dit “je crois que j’ai trouvé un gynécologue. Il vient aujourd’hui”. J’ai proposé de le rencontrer et nous avons convenu d’un dîner à la maison, avec le directeur et son épouse, le candidat, ma femme et moi. La soirée s’est très bien passée et s’est achevée sur une bonne nouvelle : une promesse du gynécologue de s’installer à Brioude. Deux jours plus tard, le directeur de l’hôpital m’a rappelé pour me dire : “Vous savez ce qui m’arrive, c’est fou… Le gynécologue était un faux médecin”. Il s’avère qu’il avait déjà été condamné pour exercice illégal de la médecine… »Lors de la fermeture de la maternité de Brioude, en 1998
Une rencontre décisive« Pour l’inauguration des vitraux de la basilique de Brioude, le père Kim En Joong m’a demandé, “est-ce que cela vous ennuierait d’inviter un de mes amis” ? Une personne très importante dans le monde de l’art. » C’est ainsi que Jean-Jacques Faucher a rencontré Jean-Louis Prat, commissaire d’exposition sans lequel l’Hôtel du Doyenné ne serait jamais devenu le centre d’art moderne et contemporain qu’il est. Le jour de l’inauguration des vitraux, « on a discuté deux minutes, se souvient le maire. Je n’avais peut-être pas mesuré non plus l’importance de cette personnalité. Je lui ai dit que je le rappellerai. Je l’ai fait. Puis on a fixé un rendez-vous à Brioude. »
Jean-Louis Prat lui soumet une idée de lieu d’exposition en Auvergne. « Avec lui j’ai appris à connaître l’art moderne. Il m’a invité pour des expositions en Suisse, à Monaco… Je me rappelle le jour où il est venu et où nous avons visité l’Instruction, l’ancien tribunal de commerce, l’ancienne maison paroissiale et le Doyenné. J’espérais secrètement qu’il choisirait le Doyenné. Et quand il est revenu il m’a dit “ça ne peut qu’être le Doyenné”. Pour l’anecdote, on s’est vouvoyé jusqu’au vernissage de l’exposition Chagall. »Jean-Jacques Faucher aux côtés de Jean-Louis Prat.
De l'importance de la concertationLa vie d’élu est parfois faite de difficiles tractations. Une, en particulier, a marqué Jean-Jacques Faucher. « Quand la chirurgie est passée de la clinique Saint-Dominique à l’hôpital, au début des années 2000. Antoine Pagès, qui était adjoint aux finances, était président de l’Association Saint-Dominique. Et la congrégation était très réticente à ce qui était proposé par l’Agence régionale des hospitalisations (ARH). Nous avons eu deux rendez-vous, au Puy, avec Jacques Barrot. Il a permis d’arrondir les angles. Il a joué un rôle très important, confidentiel. Et le résultat c’est l’hôpital tel qu’il est aujourd’hui. C’était un moment majeur pour l’hôpital public. Il fallait se convaincre les uns les autres que c’était la bonne décision. Il y a, quand on est à la tête d’une commune, des moments clefs comme celui-ci en terme de réflexion, discussion, concertation. »Le bloc opératoire du centre hospitalier de Brioude. Le service de chirurgie a récemment célébré ses 10 ans.
Une médaille, 64 ans aprèsJean-Jacques Faucher n’oubliera jamais la médaille décernée, à l’occasion d’une Fête du sport, à Odette Delmas. « Une grande athlète, qui avait eu de très bons résultats en saut en longueur et en course. En 1946, elle avait obtenu un titre de vice-championne de France » universitaire du 80 m. « Quelques années après, on s’est rendu compte que l’athlète qui avait obtenu le titre était un homme. Dès lors, René Cartier, le coach d’Odette Delmas, allait chaque année à la Fédération dire qu’il y avait eu une injustice et qu’il fallait remettre la médaille de championne à Odette Delmas. Un jour, il a reçu la lettre validant finalement ce titre de championne. Il est venu me voir et on a convenu de remettre la médaille à la Fête du sport, au terme des cérémonies. Le jour même, elle a donc été appelée à la toute fin, sans être au courant. Et on lui a remis la médaille, quasiment 60 ans après… »Odette Delmas, sacrée championne de France universitaire du 80 m 1946 avec 64 ans de retard
Histoires de famille et phrase d'enfant« J’ai marié mes trois filles à la mairie. Ce sont des moments que je n’oublierai pas », confie l’ancien maire. Dans ce domaine familial, une anecdote l’amuse cependant particulièrement. Une phrase glissée par l’une de ses petites-filles à son épouse. Souvent présente aux cérémonies de commémoration célébrées par la mairie, l’enfant remarquait ainsi : « Quand même, “Papou”, il a de la chance de faire tous ces spectacles. »L'ancien maire de Brioude lors d'une cérémonie de commémoration
Pierre Hébrard
