La République en marche en fait-elle trop ?
À Lyon, le retrait de Gérard Collomb, monté en épingle par le parti présidentiel, met face à face les écologistes, les vrais dangers pour Macron en 2022, et la droite.
Rien ne va plus entre La République en marche et Gérard Collomb. Ses anciens collègues ministres l'accablent : « Ce choix le perd, comme il se perd lui-même », tranche Christophe Castaner, son successeur à l'Intérieur. « Ça n'est pas l'ADN d'En marche », renchérit Élisabeth Borne, ministre de la Transition écologique et solidaire. La péremptoire Sibeth NDiaye fustige son égoïsme et y ajoute son vinaigre : « Il me déçoit très profondément. » Le patron du parti, Stanislas Guerini, lui retire son soutien : « Il a franchi la ligne rouge. » Ouste !
Le péché de Collomb ? Avoir retiré sa candidature à la présidence de métropole de Lyon au profit du Républicain François-Noël Buffet. En échange, la droite débranche son candidat à la mairie de Lyon pour favoriser le poulain de Collomb, Yann Cucherat. L'accord a été scellé avec Laurent Wauquiez, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, ex-ennemi numéro un d'Emmanuel Macron lorsqu'il présidait Les Républicains. Un pestiféré pour La République en marche, qui place donc cet accord sous le sceau de l'infamie. Dans d'autres villes - Bordeaux - un même accord ne suscite aucune polémique.
Mais voilà, Wauquiez, c'est Wauquiez. Et Collomb, c'est Collomb, pour qui cet accord signe une double rupture : avec la Macronie et avec son parcours politique. Pendant plus de vingt ans, Lyon et Collomb auront rimé. Ce socialiste élu grâce au soutien de Raymond Barre et toujours réélu grâce aux divisions de la droite, était rejeté par son parti parce que jugé trop libéral, presque dissident. Son credo pour Lyon, sa grande passion, tenait en trois mots : modernité, développement, sécurité. Longtemps, il avait rêvé d'être ministre, mais Lionel Jospin et François Hollande n'ont jamais voulu de lui. Il s'est entiché d'Emmanuel Macron, un transgressif comme lui, dont il a été un soutien très actif. Entre eux s'est nouée une relation quasi filiale. On se souvient de ses larmes lors de la cérémonie d'investiture et de ce jeune président qui lui caressait la joue. Ensemble, ils avaient réussi un pari fou. Emmanuel Macron en a fait son ministre d'État, ministre de l'Intérieur. Collomb est arrivé fatigué à Beauvau, il s'exprimait d'une voix sans souffle, on se demandait s'il allait tenir le choc.
Il a fait le boulot, découvert les réalités inquiétantes de la France et de ses banlieues. Puis très vite est venu le temps des désillusions.
Dans l'affaire Benalla, Brigitte Macron, qui l'appelait “Gégé”, lui a reproché d'avoir peu soutenu son mari. Une distance s'est créée avec le couple. Entre Édouard Philippe et lui, ça n'a jamais collé. Collomb jugeait ses 80 kilomètres par heure sur les nationales inappropriés. Il attendait un contre-arbitrage de l'Élysée, qui n'est pas venu.
Alors, en octobre 2018, il a tiré sa révérence pour rentrer à Lyon. On se rappelle des adieux, le Premier ministre le faisant attendre vingt minutes sur le perron de Beauvau. Une ultime petite vexation.
Mais à Lyon, l'impensable pour lui est arrivé. Ceux qu'il avait installés pour garder ses places au chaud sont devenus ses rivaux, des concurrents qui voulaient l'éliminer. Un grand classique en politique. Au premier tour des municipales, Yann Cucherat est arrivé en troisième position. Un échec d'autant plus grand que les écologistes étaient en tête, des adeptes de la décroissance, prêts à s'allier avec La France insoumise, alors que le problème numéro un de la rentrée sera l'emploi. Collomb refuse que Lyon et sa métropole tombent aux mains des « furieux », comme il les appelle. Pour une fois d'accord avec Laurent Wauquiez, qui, lui, ne veut pas, à moins d'un an des élections régionales, que la ville tombe dans l'escarcelle des écologistes, qui dirigent déjà Grenoble. Collomb soutient le républicain François-Noël Buffet, qui était son collègue au Sénat. Il sait qu'avec lui son héritage ne sera pas dilapidé et que son projet sera poursuivi. Il apprécie ce libéral social. Leurs visions sont compatibles, ils se connaissent depuis longtemps.
Question : la Macronie a-t-elle raison de transformer un accord local en désastre politique national, alors que le vrai danger pour Emmanuel Macron, en 2022, viendra peut-être des écologistes. « Ils ont bien tort », déplore François Bayrou.

Commentaires