A Saint-Priest-la-Plaine ( Creuse), un prêtre tenait un cabaret, quatre autres étaient en ménage
Réputée déchristianisée et anticléricale, la Creuse, lorsqu’elle s’appelait la Marche, avait aux XVIe-XVIIe siècles un tout autre rapport avec la religion. Les prêtres étaient proches de leurs ouailles, trop même aux yeux de leurs évêques.
Des fêtes patronales modérément pieuses
À cette époque, la distance entre le sacré et le profane était réduite. Les statuts synodaux révèlent qu’en 1519, le peuple manifestait une étonnante familiarité avec les églises, s’en servant de grenier ou de marché, en y bavardant, criant, mangeant, dansant, en se mêlant aux prêtres dans le chœur. Les fêtes patronales et balades annuelles, multipliées par le nombre de chapelles rurales et les confréries, pas toujours approuvées par l’évêché, attiraient le monde de cinq lieues à la ronde autant pour vénérer le saint patron et boire à la « bonne fontaine », que danser aux airs des ménétriers, s’égayer aux farces jouées pour l’occasion, s’abreuver exceptionnellement de vin.
Le comportement du clergé était aussi différent. Un pouillé (registre dénombrant les bénéfices ecclésiastiques) du début du XVIe siècle révèle que la paroisse de Saint-Priest-la-Plaine, près du Grand-Bourg, comptait dix prêtres dont un arrondissait ses revenus en tenant un cabaret et dont quatre autres étaient en ménage. Cela n’avait alors rien d’exceptionnel et ne choquait peu ou pas les paroissiens. L’auteur rappelle que les statuts synodaux demandaient à chaque curé d’avoir près de lui, pour l’aider à chanter, un clerc peu instruit « dont cependant il ne soit pas le père ».Des religieux qui menaient des existences très ordinaires…Notons que selon les statuts de la profession de cabaretier édictés en 1587, il fallait être catholique romain, ne recevoir personne le dimanche pendant les offices ni les trois derniers jours de la semaine sainte, ne servir aucune viande pendant le carême et les jours maigres. Un prêtre était donc bien placé pour remplir cette tâche.
Au XVIe siècle, rien ne distinguait vraiment les prètres de leurs paroissiensIssus de la paroisse même où ils vivaient avec leurs familles, les prêtres menaient la même existence que leurs ouailles, dont rien ne les distinguait, ni par le vêtement ni par les loisirs. C’était particulièrement le cas des prêtres obituaires (chargés de célébrer les messes pour les défunts) recrutés en partie parmi les mortaillables, catégorie la plus basse de la paysannerie, celle des serfs, propriété d’un seigneur qui avait tous les droits sur eux. La prêtrise représentait une ascension sociale et leur donnait une légère supériorité économique.« On ne saurait affirmer que ces prêtres signifiaient vraiment, par leur genre de vie, le mystère du Dieu Très-Haut. Pourtant, ils étaient considérés par le peuple comme détenteurs de pouvoirs extraordinaires, en particulier celui de hâter, par la célébration des messes, la délivrance des âmes du Purgatoire. Des êtres à la fois proches des laboureurs et artisans et cependant sacrés », note L. Pérouas. La réforme catholique, au XVIIe siècle, allait bouleverser tout cela. A suivre. Dans notre rubrique Faits d' hier du Dimanche 14 juin
