S'évader et se cultiver lors des vacances apprenantes à Saint-Genès-Champanelle (Puy-de-Dôme)
Ils ne font pas qu’ouvrir leurs cahiers, ils ouvrent aussi leurs esprits. Les jeunes des quartiers nord de Clermont-Ferrand participent à un séjour de vacances apprenantes au château de Theix, à Saint-Genès-Champanelle.
Si l’objectif du dispositif, mis en place par le gouvernement, est de pallier le retard accumulé pendant le confinement, pour ces 64 jeunes âgés de 10 à 13 ans, il a quelque chose de particulier. Car les 3 hectares du château et ses huttes gauloises sont bien loin du pied des tours qu’ils fréquentent habituellement.
S’évader de son quotidienBien plus qu’un rattrapage scolaire, l’idée de l’association Neyrat Basket, qui en est à l’origine, est avant tout de proposer une découverte culturelle de la région et de son patrimoine.
Car la plupart de ces enfants issus des quartiers prioritaires ont rarement eu l’occasion de s’évader jusqu’au puy de Dôme. « Ce sont des enfants qui sont enfermés dans leur quartier, on essaie de les sortir de leur tour pour qu’ils voient autre chose », explique Ouardia Zidane, directrice du séjour et médiatrice sociale dans les quartiers nord. Une parenthèse bienvenue après des mois d’enfermement.
Apprendre en s'amusantDe nombreuses activités sont ainsi organisées : accrobranche, feu de camp, découverte de Vulcania ou encore rencontre avec la police nationale. L’occasion d’amorcer un dialogue dans un contexte social compliqué : « En rentrant, peut-être qu’ils parleront de leur rencontre avec la police dans leur quartier et ça changera peut-être quelque chose », espère Ouardia, elle-même passée par Police secours pendant quatre ans.
Et les enfants ont l’air ravi. Ce qu’ils ont préféré : « Essayer le gilet, porter le bouclier et tenir la matraque », s’enthousiasment-ils. Certains, comme Ryan, 10 ans, envisagent même de devenir policier. Les préjugés semblent progressivement balayés.
Le quartier n'est pas une finalité, ici on fait en sorte qu’ils s’ouvrent, sur tout.
Mais les vacances apprenantes, ce n’est pas la colonie. Les jeunes doivent assister à 3 heures de cours par jour avec un professeur agrégé, pour leur assurer un accompagnement et un suivi scolaire. Alors si certains jeunes ont fait la moue en apprenant qu’ils devraient étudier, avec Nacim Harireche, professeur de maths, physique et chimie, ils voient désormais la classe autrement.
« J’essaie de faire en sorte que ce soit ludique. On utilise une tablette, on fait des quiz et les enfants sont demandeurs ! », affirme-t-il. La méthode semble bénéfique. Rana, 10 ans, confesse préférer Nacim à son professeur d’école. Pourquoi ? Car « quand on ne comprend pas, il réexplique ». La pédagogie est donc bien affaire de répétition.
Pour Ouardia, comme pour Nacim, ces initiatives sont essentielles. Elle espère d'ailleurs que le dispositif se généralise. D’autant qu’il permet à des familles précaires d'offrir un bon bol d'air à leurs enfants, car tout est pris en charge.
Mais le plus important, c’est de leur apprendre une chose : « Le quartier n'est pas une finalité, ici on fait en sorte qu’ils s’ouvrent, sur tout », conclut-elle.
Laura Le Strat
Photos : Rémi Dugne
