Quels sont les oiseaux de moins en moins « communs » dans le Puy-de-Dôme ?
L’effet positif des deux confinements sur la dynamique des populations d’oiseaux ? Il reste à démontrer, estime Romain Riols, coordinateur local du programme Stoc (Suivi temporel des oiseaux communs).
Qui peut encore arriver à voir la huppe fasciée dans la région ? Photo Romain Riols
Les gens ont plus entendu les oiseaux dans le silence. Mais on ne sait pas encore si cela aura une incidence. On sait, par contre, qu’en bord de mer, ceux qui s’étaient installés sur les plages ont été délogés dès le déconfinement.
Sans surprise, au moment de décrypter les résultats 2020 de ce programme de sciences participatives (LPO et Muséum d’histoire naturelle, soutenu par la Région), il confirme la baisse des observations d'espèces.
1. Un recul de 15 % depuis 2002Rapportées aux populations de 2002, les observations sur les quelque 200 “carrés” (dont une cinquantaine en Auvergne) sont sans équivoque, malgré les perturbations liées aux contraintes sanitaires sur le terrain et pour l’analyse des résultats.
Pouillot véloce. Photo Romain Riols
De façon globale, sur les 75 espèces suivies, celles des milieux agricoles, villes et villages poursuivent leur recul : 15 % depuis 2002.
2. Causes multifactorielles« Ce déclin majeur a de nombreuses causes liées aux activités de notre société actuelle. Tout ça induit une forte diminution de la ressource alimentaire et des zones d’habitats nécessaires au cycle de vie des oiseaux. »
C’est notamment la conséquence de la création de paysages homogènes et artificialisés qui empêchent la nature de se développer, de l’utilisation de produits phytosanitaires dans les jardins ou en agriculture, des milieux naturels qui laissent la place à une forte urbanisation.
3. Recul très marqué dans les grandes plaines agricoles« L’avancement des dates de moissons pénalise aussi particulièrement des espèces comme les alouettes ou les busards cendrés : ils passent à la moissonneuse avec leurs nichées au sol », ajoute Romain Riols.
Il évoque aussi le retournement des sols juste après les récoltes. « Cette pratique laisse les sols nus et prive les granivores de ce qu’ils pouvaient glaner. »
Les évolutions les plus négatives concernent le bassin rhodanien, « qui subit de plein fouet l’urbanisation et la dégradation des milieux agricoles ». Mais les départements auvergnats ne font pas exception.
4. Mieux en forêtLes espèces présentes dans les milieux forestiers auvergnats semblent mieux s’en sortir, avec des effectifs assez stables (+ 1,4 % sur la région).
Mais les oiseaux qui demandent des forêts matures, anciennes ou avec des écosystèmes aux fonctionnalités préservées résistent moins bien. C’est notamment le cas des mésanges nonnettes (en recul de 25 % depuis 2002), ou de la mésange boréale.
« Ce n’est pas un bon signal sur la qualité de ces forêts. »
Les oiseaux les plus généralistes se portent aussi un peu mieux (+ 3 % sur la région. « On voit les plus ubiquistes s’adapter à l’homme. Le pigeon ramier, par exemple », relève Romain Riols.
5. Quelques signes encourageantsL’année offre toutefois quelques motifs de satisfaction, notamment avec la remontée encourageante des effectifs d’hirondelles rustiques qui s’étaient effondrés il y a deux ans.
Idem chez le rouge-queue à front blanc, familier des milieux bâtis, dont les effectifs s’étaient écroulés il y a une vingtaine d’années.
Photo Romain Riols
On le retrouve dans les zones pavillonnaires avec grands arbres des années cinquante, comme les coteaux de la Glacière à Clermont-Ferrand. « C’est une espèce qui pourrait bénéficier à long terme de zones pavillonnaires agencées avec des vergers et des arbres ». De même, en milieu plus forestier pour le rouge-gorge familier, dont les effectifs ont augmenté de 13 % depuis 2002.
Les effectifs du merle noir ont aussi augmenté de 7 % depuis 2002. « Mais ce n’est pas très significatif comme évolution », estime Romain Riols.
Cela ne va pas trop mal non plus pour le chardonneret élégant. Familier des milieux bâtis (classé comme indicateur de ces milieux), il s'en sortirait un peu mieux que d'autres passereaux. Il niche dans les jardins mais, comme les autres, il souffre du manque de ressources alimentaires hivernales. Ses effectifs sont assez stables.
Dans la région depuis 2001, le programme Stoc, ce sont plus de 300 observateurs, 500 carrés d’observation suivis au moins une fois, 66.500 points d’écoute, 32.600 heures d’observation, de saisie et de coordination, 749.000 données, 228 espèces observées.
Quelles espèces en repli ?Fauvette des jardins : La fauvette des jardins régresse en plaine, même dans des paysages stables (- 40 %). Espèce d’affinité plutôt nordique et de haies denses, sa régression sera peut-être un marqueur du réchauffement global.
Photo Romain Riols Dans le Puy-de-Dôme, on la trouve encore en vallées alluviales du Val d’Allier. Mais elle a régressé même sans changement de paysage comme dans le Pays des Couzes , ce qui va dans le sens d'un impact lié aux changements climatiques.
Moineau friquet : En baisse d'effectifs de 65 % depuis 2002, le moineau friquet, si proche des hommes, souffre aujourd'hui de son changement d'habitat : des rénovations qui comblent les creux dans leurs murs, de la régression des petites friches en milieux bâtis...
Photo Romain Riols
On le trouvait partout. Il reste une petite population autour de Clermont et Cournon. Elle profite peut-être des espaces de l’aéroport d'Aulnat, de ceux des stations d’épuration et bassins de décantation.
Ailleurs en Auvergne, difficile de le repérer. On ne le retrouve presque plus que dans le Cantal (sur le massif ou planèze de Saint-Flour) et les plateaux d'altitude en Haute-Loire. Il semble avoir totalement disparu dans l’Allier.
Pipit des arbres : Insectivore lié aux milieux agricoles qui pouvaient lui offrir un réseau d’arbres isolés ou de belles haies, le pipit des arbres a disparu des zones de basse altitude en Auvergne.
Photo Romain Riols
Il a régressé même là où son habitat a peu évolué. Il ne reste abondant qu’en zones de moyenne montagne. La LPO s’interroge donc sur un lien avec le réchauffement climatique. A-t-il un optimum climatique, comme le rossignol chanteur, dont on pense qu’il remonte (il est aujourd’hui plus présent vers 1.000 mètres d’altitude dans des secteurs bien identifiés) ?
Tourterelle des bois : Parmi les populations qui régressent le plus dans la région, la tourterelle des bois (- 65 %).
Photo Clément Rollant
Sa régression est européenne, avec une disparition systématique dans les grandes plaines soumises à l’agriculture intensive. Elle affectionne les milieux agricoles ponctués de petits bosquets et grandes haies arborées : ce qui lui permettait autrefois d'être bien connue en Limagne... d’où elle a totalement disparu.
C’est l’une des espèces qui incarne la banalisation de la perte de l’habitat et de ressources alimentaires dans les espaces agricoles. Mais elle est encore chassée en France, ce que lui reproche l’Europe.
Le coucou gris : Il a diminué de 25 % depuis 2002 dans la région. Espèce généraliste, assez présente en milieux forestiers, il s'adapte à tous les milieux de la région. Ce qui explique que l'on trouve encore de jolies densités en Auvergne. Notamment le long des rivières, avec tout un cortège de passereaux communs insectivores.
L’alouette des champs : Ses effectifs ont diminué de 16 % depuis 2002.
Photo Christian Bouchardy L'espèce subit un déclin dramatique dans les zones agricoles de plaine. Mais en Auvergne, sa population parvient à se maintenir dans les prairies d'altitude, comme dans le Cézallier. Comme pour le coucou, sa régression est très liée à l'impact des pratiques agricoles.
Le pinson des arbres : Essentiellement forestier, il est aussi un habitué des parcs et jardins urbains. Ses effectifs déclinent assez fortement (- 9%). Mais il s'en sort mieux que d'autres espèces de passereaux granivores d'Auvergne (serin cini, verdier, chardonneret...).
Serin cini : - 43% au niveau de la région ! C'est une des espèces les plus touchées par les problématiques qui affectent les effectifs de granivores.
La dégringolade de leurs effectifs dans les secteurs agricoles s'explique notamment avec la quasi disparition des secteurs de chaumes en hiver. Plus de restes de récoltes sur les sols laissés nus et retournés immédiatement après les récoltes.
Cette perte de ressources alimentaires hivernales a été montrée par une étude du Museum d'histoire naturelle avec le programme de suivi des oiseaux des jardins. "Plus les jardins sont situés dans les zones agricoles intensives, plus ces oiseaux viennent aux mangeoires des jardins au lieu de se balader pour glaner leur nourriture", explique Romain Riols.
La mésange charbonnière : Le programme Stoc confirme son recul. Ses effectifs ont diminué de 12 % depuis 2002.
Anne Bourges anne.bourges@centrefrance.com Follow @a_bourges
