"Les mots doux de la schizophrénie", de Léa Chèze, un livre pour voir la maladie autrement (Corrèze)
Elle est fragile, Léa Chèze, sensible, douce et avenante aussi, pleine de doutes, de colère et d’interrogations, d'espoir malgré tout. Un matériau profondément humain et attachant, marqué du sceau de la maladie qu'on lui a diagnostiquée à 18 ans, dont elle a décidé de faire un livre, pour mettre enfin des mots sur ce qui est resté trop longtemps dans l’ombre.
A l’adolescence, les premiers troubles apparaissent. « De très grosses dépressions, des TOC, des hallucinations », raconte Léa Chèze, 25 ans, installée avec son compagnon à Saint-Germain-les-Vergnes. « Quand des psychologues disaient que je faisais des caprices, mes parents n’ont pas abandonné. » Jusqu’au diagnostic : schizophrénie affective.
Je n’ai pas choisi cette maladie, mais ce que je vais faire de ma vie, avec cette maladie, c’est à moi de le choisir. Le plus important, ce ne sont pas les traumas du passé, c’est la vie d’après.
L'écriture comme une thérapieCe choix aujourd’hui, c’est donc un livre, La voix douce du schizophrène. Des « pensées et ressentis » posés pour elle seule d’abord au fil des années, qu’elle entend désormais partager avec le plus grand nombre.
« J’avais l’impression d’être perdue et beaucoup de familles ont l’impression que la maladie est une voie sans fin, qu’on ne peut pas s’en sortir. Alors que je vis quand même de belles choses. »
La voix du schizophrène n'est pas toujours celle qu'on croit. Elle n'est pas toujours très envahissante. Il y a autre chose à côté.
Intelligent et subtil, le livre la révèle - « j’ai toujours été obligée de mentir et de me cacher derrière quelqu’un que je ne suis pas », glisse-t-elle - autant qu’il déconstruit l’image du « schizophrène dangereux et tueur », qu’il déstigmatise la maladie.
« Je parle beaucoup de mes proches. Leur soutien est important. Je ne sais pas si j'aurais été capable de faire tout ça sans eux. »
Les témoignages que je reçois me donnent du courage et je me dis qu’il y a quelque chose à faire. On ne peut pas laisser les préjugés s’ancrer. Si je peux participer à les faire tomber, j’ai envie de le faire.
Un livre pour déstigmatiser la maladieC’est ce qui l’a guidée vers l’auto-édition, avec ces retours directs des lecteurs et de quiconque désire échanger sur la question. « Avec les réflexions que les gens peuvent me faire, c’est là que commence vraiment le travail pour moi. Ça fait du bien d'échanger, de ne pas se sentir seule aussi. »
« Ces textes ont été un peu comme ma thérapie, souligne-t-elle. Ça m'a fait tant de bien de les écrire. L’écriture, c’est pour moi, pour me poser des questions ; le partage après m’aide à construire mes pensées et à apporter des réponses à mes questions. »
L’écriture m’aide à me construire et à évoluer. Sans elle, je n’aurais pas fait certaines rencontres et je pense qu’il m’aurait manqué quelque chose.
Faute de pouvoir travailler, elle continue à écrire d’ailleurs ; des notes saisies sur son téléphone, « un peu comme un regard qu’on porte sur la vie, les choses qui nous font du mal et qui nous engloutissent. Pourquoi on n'essaie pas plutôt d’en prendre le contre-pied, d’en faire des choses constructives, au moins les petits tracas du quotidien ? »
La réponse, peut-être, se trouvera dans son prochain livre...
Blandine Hutin-Mercier
Pour commander le livre (11 euros) et échanger avec Léa Chèze : chezela19@gmail.com ou CoolLibri.com ; sur Facebook : groupe "la douce voix du schizophrène Léa CHEZE, échanges et partage".
