Pourquoi la Corrèze fait-elle figure de précurseur avec son plan en faveur des vétérinaires en zone rurale ?
Parce que le constat est alarmant
Le conseil national de l’ordre des vétérinaires a validé le plan et son représentant en Corrèze, Éric Bernard, le confirme : " Nous travaillons sur ce projet avec le Département depuis fin 2019. Si ça marche, ce que je souhaite de tout cœur, il sera repris ailleurs. Le manque de vétérinaires concerne toute la France".
Le parallèle avec les médecins n’est pas exagéré. Un numerus clausus par le passé trop restrictif, des conditions d’exercice du métier qui font peur, un système de garde jugé trop contraignant découragent les vétérinaires à s’installer dans les zones rurales.
S’y ajoute aussi une dimension spécifique :
Le nombre d’éleveurs est, lui aussi, en diminution, explique Éric Bernard. Un vétérinaire doit faire des trajets de plus en plus longs entre deux fermes et passe moins de temps à soigner les animaux.
La Corrèze a été un des premières collectivités à tirer la sonnette d’alarme, fin 2019. "Nous n’attendions plus qu’une loi pour pouvoir agir, confirme son président, Pascal Coste. Nous avons anticipé et travaillé en amont avec la profession. Aujourd’hui nous sommes prêts ".
Parce que le Département va financer une plateforme téléphonique pour gérer les urgencesVoté lors de la session du vendredi 18 février 2022, à Tulle, le plan "Corrèze santé animale " liste une série de mesures destinées, sur cinq ans, à améliorer le quotidien des vétérinaires.
Cela passe par une nouvelle organisation des urgences. Baptisée SAVU 19, elle va passer par une centralisation des appels, sur une plateforme dédiée avec un numéro de téléphone unique.
"Au bout du fil, des personnes font filtrer les appels, explique Hélène Rome, vice-présidente du Département en charge de l’agriculture. Ils définiront ce qui est urgent de ce qui ne l’est pas".
La très grande majorité ne l’est pas, mais la dimension affective est un ressort puissant vis-à-vis des animaux domestiques. À l’inverse, quand un éleveur cherche à joindre un vétérinaire en pleine nuit, c’est a priori pour une bonne raison. L’enjeu, le risque de perdre un ou plusieurs animaux, est économique.
Financièrement, le Conseil départemental va prendre en charge à 100 % cette plateforme, durant dix-huit mois. " Ensuite, nous réduirons notre participation jusqu’à ce que les vétérinaires prennent le relais, à partir de 2026", souligne Pascal Coste.
Parce qu'il met en place des aides pour les étudiants vétérinairesSecond volet du plan corrézien, les aides aux étudiants vont prendre différentes formes : une indemnité de logement (300 € sur six mois maximum) ; une indemnité de déplacement, entre le lieu d’études et celui du stage (même tarif) ; une bourse de 800 € pour les étudiants en année d’approfondissement, celle qui permet de se spécialiser entre animaux de production, de compagnie, équidés, recherche, industrie ou santé publique vétérinaire.
Un soutien à l’installation sera proposé aux onze premiers demandeurs, pour remplacer, en nombre, les vétérinaires corréziens âgés de plus de 60 ans. En contrepartie d’un engagement sur cinq ans, d’une participation aux gardes et d’interventions justifiées auprès des animaux d’élevage, le bénéficiaire pourra toucher 20.000 euros pour investir dans du matériel.
Et comme pour les médecins, la collectivité veut accompagner la création de maisons de santé vétérinaire, une aide à l’investissement de 20 %, plafonnée à 100.000 € par site (deux praticiens a minima). Là aussi, un certain nombre d’engagements sont demandés.
Parce que maintenir un réseau vétérinaire est aussi un enjeu de santé publique"Il faut la mobilisation de tous les professionnels, ajoute Hélène Rome. Ce sera à eux de communiquer de l’existence de ces mesures aux écoles vétérinaires". Pascal Coste veut aller plus loin, avec la mise sur pied de campus vétérinaire connecté, des formations à distance assurées en Corrèze par les écoles vétérinaires. Il espère un déploiement dès la rentrée 2023.
Tous ces efforts, environ 1,5 million d’euros sur cinq ans, ne concernent pas qu’une seule profession. Le Conseil départemental de la Corrèze en est persuadé : le maintien d’un réseau vétérinaire va contribuer à la pérennité des élevages, mais aussi à la santé publique.
On a peut-être tendance à l’oublier, mais la liste des maladies ou infections qui se transmettent des animaux à l’homme (et inversement) est assez longue.
Bientôt des « déserts vétérinaires » en Haute-Vienne ?
Eric Porte
