Julie Depardieu en Corrèze pour évoquer Misia Sert, une figure majeure, proche de Colette et de Coco Chanel
Elle est à la fois naturelle et fantaisiste, simple et chaleureuse, bref, très, très attachante. Dans le cadre du Festival de la Vézère, Julie Depardieu se produit, ce mercredi à 20 heures, aux Jardins de Colette, dans la commune corrézienne de Varetz, lors d’un concert-lecture dédié aux grandes dames du début du XXe siècle. Elle est accompagnée par Juliette Hurel (flûte) et Hélène Couvert (piano).
La photo d'une femme et d'une époqueComment est né ce projet ?
L’idée est venue de Juliette Hurel, qui avait reçu comme cadeau de la pianiste, Hélène Couvert, un livre sur Misia Sert. Un jour, à la Maison de la Radio, après l’une de mes chroniques sur France musique, je me précipite aux toilettes parce que j’avais très envie de faire pipi, on se bouscule avec Juliette. Elle m’attend et me dit : “Je vous adore, j’ai peut-être une idée.” Je lui donne mon mail. Elle m’explique qu’elle veut qu’on fasse un spectacle sur Misia à trois. À l’origine, on l’avait créé pour un tout petit festival. À l’époque, on pensait qu’on allait le jouer deux fois et c’est tout. Mais, là, on a déjà fait une cinquantaine de représentations et je ne m’en lasse pas. Notre but, c’est de mettre en valeur Misia. D’en parler pendant une heure avec de la musique, c’est comme une photo de cette femme et de son époque qui, artistiquement, devait être géniale. En Corrèze, on fait une lecture concert sur Misia, mais aussi un peu sur Colette.Julie Depardieu Elle est accompagnée par Juliette Hurel (flûte), à droite, et Hélène Couvert (piano).
Gabriel Fauré, son professeur de pianoQui était Misia Sert, proche de Colette et de Coco Chanel ?
C’est une femme aujourd’hui oubliée qui a été, à son époque, hyperconnue. Elle est née à Saint-Pétersbourg. Sa mère est morte pendant l’accouchement. Misia a été la petite fille d’un grand violoncelliste, Adrien-François Servais, ami de Franz Liszt. Elle a été élevée par sa grand-mère en Belgique et a eu des rapports compliqués avec son père, un sculpteur polonais, très volage. Elle se destine à devenir pianiste, Gabriel Fauré devient son professeur. Mais, dans son milieu, ce n’est pas recommandé de travailler pour une femme. Misia se marie avec son cousin Thadée Natanson qui l’associe à son grand projet : La Revue Blanche, à laquelle collaboraient les plus grands écrivains et artistes de langue française de l’époque.
Une femme, belle et charismatiqueÀ l’âge de 20 ans, elle est déjà à son apogée ?
Elle a les peintres, les musiciens et les poètes les plus connus dans son salon et dans sa poche. Très belle pour l’époque, elle devait aussi avoir un charme fou et une conversation trépidante, parce que tout le monde était chez elle tout le temps. Il y a là Stravinsky, Debussy, Ravel… Elle pose pour Bonnard, Vuillard, Toulouse-Lautrec, Renoir. Aujourd’hui, ses portraits sont exposés dans les musées du monde entier. Après son divorce avec Nathanson, elle épouse un homme très riche, patron de presse, Alfred Edwards. Avec son argent, elle devient mécène de tous ses copains artistes qui sont dans la dèche et notamment de Serge de Diaghilev, fondateur des Ballets russes.
Marier la musique et les motsCe spectacle vous a fait aimer la flûte.
Je n’aimais pas trop la flûte. Mais, là, cette flûtiste (Juliette Hurel N.D.L.R.) me renverse. Maintenant, je trouve que le répertoire français pour la flûte a beaucoup de délicatesse. Je ne m’en lasse pas du Prélude à l’après-midi d’un faune de Debussy, ou de la Pavane pour une infante défunte de Ravel.Comment se marient la musique et la musicalité des mots dans le spectacle ?Il y a des morceaux de musique qui se suffisent à eux-mêmes et ne se laissent pas “envahir” par les mots. Je parle un peu sur la musique de Fauré, mais on a coupé le Prélude à l’après-midi d’un faune en trois parties. C’est une pièce tellement particulière que c’est impossible de parler en même temps. Pourtant, j’ai vraiment essayé.
Une grande révélatrice de talentsActive, indépendante, intelligente, émancipée, Misia était-elle une féministe avant l’heure ?C’était une femme libre, mais, je pense que ce n’était pas vraiment une féministe. Elle n’a jamais travaillé. Elle avait tout pour être pianiste. Quand elle jouait au piano, le temps s’arrêtait. Une anecdote raconte qu’elle essayait de faire connaître la pianiste classique Marcelle Meyer à Paris, en organisant un concert à quatre mains pour la mettre en valeur. Mais, finalement, tout le monde regardait Misia.Pourtant, elle a été une grande révélatrice de grands talents autour d’elle.Son avis était extrêmement précieux pour les artistes. Elle s’est disputée avec Stravinsky au sujet du Sacre du Printemps. Elle lui a conseillé à être et à rester russe.Est-ce qu’il y a une anecdote de Misia qui vous a marqué ?Il y en a plein. Par exemple la façon dont elle a créé, très vite, le premier parfum de Coco Chanel. Tout ce qu’elle touche, c’est de l’or. Elle a des idées très novatrices.
Propos recueillis par Dragan Perovic
