Même si l'essence est plus chère qu'ailleurs, les habitants d'une petite commune du Cantal attachée à leur station-service
Les automobilistes se frottent un peu les yeux en passant, puis sont rassurés par la présence d’autocollants neufs annonçant la présence de sans-plomb (95 et 98) et de gazole dans les cuves. Devant le restaurant Le Garage et sa jolie devanture fleurie, à Trizac, la pompe à essence n’est pas là pour le folklore.
Seule station essence entre Saint-Flour et Murat, le Flo'Rissant rend bien service
C’est une histoire de famille qui a fait cette alliance étonnante entre la pompe à essence et une bonne table. Au début des années 2000, Dominique Peythieu hérite du garage de son père… mais pas de sa volonté de faire de la mécanique. "J’ai arrêté cette partie-là et j’ai lancé le restaurant. La pompe avait été installée dans les années 1960, il devait juste y avoir un poste de super à l’époque. Des travaux ont été faits au moment du passage à l’euro, en 2000, elle est aux normes, donc je l’ai gardée."C’est le client qui se sert, la cuisinière est alertée par une sonnerie dans le restaurant. Depuis l’intérieur, elle peut débloquer le pistolet, puis encaisser l’automobiliste sans sortir. Elle est réapprovisionnée tous les dix jours, "le transporteur m’appelle le vendredi puis vient dans la semaine. Je pars de son prix, je rajoute une petite marge, et j’arrive au mien." Résultat : 2,18 € pour le SP98, 2,12 € pour le SP95, et 2,01 € pour le gazole. Ce n’est pas le cœur de son activité.
Ça ne rapporte pas grand-chose, sourit-elle. C’est un service que l’on rend à la population
Il suffit de descendre la rue derrière le restaurant pour s’en convaincre. Là, l’établissement porte encore les marques de la précédente activité, une station de lavage plus toute jeune semble ne plus avoir craché d’eau depuis des années, au point qu’un chat s’y prélasse, pas inquiet.
"Précieuse" pour ses habitantsÀ l’épicerie, Aurélie Gaboriaud prend l’essence du camion itinérant chez sa voisine. Elle est venue de Corrèze pour s’installer dans ce village du Cantal perché au nord du volcan, entre Riom et Mauriac, et elle était surprise d’y trouver un tel service. « Il faut qu’on la conserve, c’est précieux."
Au comptoir du Rendez-vous des chasseurs, Thierry, Yves et Jacky Ciet, le patron, confirment : "Quand tu as besoin de cinq litres pour la tronçonneuse, c’est bien pratique", commence le premier. "Je lui en prends, même autour de 2,10 comme en ce moment, enchaîne Jacky Ciet. Elle ramène du monde, cette station. J’ai des clients qui viennent faire le plein, ils prennent un café ou un petit blanc et le pain. Si on la perd, ça risque de faire boule de neige."
C’est un peu le constat, à Trizac. Si le village de 500 habitants a encore des services – école, pompiers, épicerie, boulangerie, deux bars, deux restaurants et un coiffeur –, Dominique Peythieu constate que la fréquentation a sa pompe a été divisée par deux en vingt ans, et n’y voit pas que l’impact de la hausse du carburant. "La population a baissé, il y a aussi moins d’entreprises… Il y avait plus d’activité, plus de passage au niveau touristique", explique-t-elle, rappelant les grandes foires de l’époque, les exploitations agricoles plus nombreuses…La mairie vient faire son plein là, comme les pompiers et les agriculteurs du secteur. Louis Toty, l’édile, y voit un "service pour la population. C’est normal de jouer le jeu." La Ville n’ira pas faire son plein à Riom même si la concurrence est féroce. Au bar, Jacky Ciet s’interroge, "avec 30 centimes de différence, c’est sûr qu’on regardera." Dominique Peythieu ne lui en voudra pas, "il n’y a pas photo."
La station dépanneElle l’assume : tant qu’elle est aux normes, elle gardera cette petite station qui dépanne tout le monde. Elle n’investira pas dedans, par contre. Si cela peut se faire dans certaines communes, Trizac ne devrait pas se substituer à sa propriétaire et reprendre à son compte la station. "Je ne pense pas que ce soit un gros risque de déclassement, explique Louis Toty. On a beaucoup de commerces tenus par des gens jeunes !"
Alors "j’aiderais à trouver un repreneur, mais je n’irais pas investir de l’argent public pour cela. On a beaucoup de choses à faire à Trizac." Et l’édile de s’interroger à voix haute :
On aidera à retrouver un repreneur, mais est-ce que c’est bien réaliste de vivre seulement de la station-service ?
Pierre Chambaud
