Les grands-parents d'aujourd'hui sont un "pivot" entre les générations
À la question de savoir ce qui distingue les grands-parents d’hier de ceux d’aujourd’hui, Régine Florin répond tout de go : "30 ans". Soit le temps moyen qu’un enfant qui naît aujourd’hui peut espérer passer avec ses aïeux. Cela tient évidemment à l’allongement de la durée de la vie – la présidente parisienne de l’École des Grands-Parents Européens insiste sur les avancées médicales qui permettent d’allier âge et santé – et "donne la possibilité aux grands-parents et petits-enfants d’avoir le temps de se connaître, de profiter les uns des autres".
Si "en moyenne, en France, on devient grand-parent à 54 ans", il n’est désormais pas rare d’être arrière-grand-parent au mitan de sa septième décennie. Qu’ainsi, la grand-parentalité se décline du premier âge de bébé à celui de jeune adulte. Ce n’était que rarement "imaginable par le passé".
Sentiment de libertéComme il était également rare que les aïeux ne soient pas retraités avant d’être grands-parents. "Aujourd’hui, nous sommes encore au travail quand les petits-enfants naissent", insiste celle qui "a consacré toutes ses RTT et toutes ses vacances à garder ses trois premiers petits-enfants".
L’engagement professionnel, un argument imparable quand il s’agit de décliner une sollicitation pour une garde au pied levé. Selon un sondage Ifop (décembre 2022), "34 % des grands-parents savent refuser les demandes et parmi eux une grande majorité (56 %) de quinquagénaires"…
Contrairement aux générations qui ont précédé, poursuit Régine Florin, celle des grands-parents d’aujourd’hui, largement post-soixante-huitarde "a eu le choix". Du travail, de la parentalité, de la sexualité… Cela compte dans les échanges avec les petits-enfants.
Ce sentiment de liberté, nous l’avons transmis à nos enfants et aujourd’hui à nos petits-enfants.
Plus d'un quart des 60-75 ans ont un aîné à chargeSi les grands-parents sont encore en activité ; si, retraités, ils croulent sous les activités caritatives, culturelles et sportives, ils ont aussi une particularité que ceux qui les ont précédés n’avaient que de façon anecdotique.
"C’est une génération-pivot ! Et c’est un fait totalement ignoré de la société", martèle la présidente de l’EGPE. Pivot, c’est-à-dire que tout en étant grands-parents, ils sont encore enfants de parents qui requièrent potentiellement une assistance. "Nous voyons beaucoup de septuagénaires qui le matin sont à l’Ehpad" ou auprès de leurs parents "et qui courent à 4 heures chercher les petits-enfants à l’école. 27 % des 60-75 ans ont encore un aîné à charge", explique Régine Florin.
L’ "autorité suprême"La solidarité familiale, ces aînés l’ont aussi démontrée au plus fort de la crise sanitaire quand il s’est agi de solliciter le ministre de la Santé pour déroger au règlement sur les déplacements et pallier la fermeture des crèches et écoles…Présents quand il faut mais pas envahissants, le bon dosage doit rester savant. Pour Régine Florin, pour que les grands-parents restent dans la course, il y a toujours la même constante "la gaffe à ne pas faire » qui consiste "à se mêler de l’éducation donnée par les parents". "L’autorité suprême, ce sont les parents, donc les enfants par le bon vouloir desquels existent les grands-parents".
Écoute. À Paris, l’École des Grands-Parents Européens, l’une des 8 EGPE de l’Hexagone, a mis en place une ligne d’écoute (01.45.44.34.93) assurée, 4 jours par semaine, par une équipe de professionnelles (psychologue, conseillère conjugale, juriste, médiatrice) qui recueille les questionnements des grands-parents en détresse. Plus d’infos sur www.egpe.org.
Sophie Leclanché
