Bardella veut repêcher Maréchal, Colonna dans le viseur de la Macronie
Ce second quinquennat à nul autre pareil est loin d’être terminé, pourtant, 2027 et sa cohorte de candidats putatifs s’avancent déjà. En coulisses, les uns apprennent à esquisser des croche-pattes, les autres se familiarisent avec l’art du complot, bref tout le monde prépare l’après-Emmanuel Macron avec rigueur et détermination. Le service politique de L’Express propose de vous aider à suivre, grâce à un rendez-vous hebdomadaire sur notre site Internet, les progrès de ces ambitieux qui espèrent gravir, vite et sans se blesser, les marches du pouvoir.
Sénat : Faure veut la peau de Kanner
Les règlements de comptes au PS n’en finissent donc jamais. Cette fois-ci, c’est Patrick Kanner, le patron des sénateurs socialistes, qui pourrait bien en faire les frais. Mardi 26 septembre, les sénateurs PS désigneront leur nouveau chef de file. Soit ils renouvellent leur collègue élu du Nord, soit ils en pincent pour Eric Kerrouche, sénateur des Landes, candidat au poste et proche d’Olivier Faure. "Un porte-flingue du Premier secrétaire", dixit un opposant à la direction. Olivier Faure ferait-il payer à Patrick Kanner son opposition lors du tumultueux congrès du PS à Marseille ? Le sénateur du Nord y avait soutenu Nicolas Mayer-Rossignol, principal opposant de l’actuel Premier secrétaire.
Bien sûr que non, jure l’entourage du chef du parti à la rose, la main sur le coeur, tout en admettant que "si les sénateurs socialistes ont envie que ce soit moins ronflant pour retrouver les couleurs de vrais opposants, c’est tout à fait compréhensible." Une chose est sûre, l’opération s’annonce compliquée pour Patrick Kanner puisque pas moins de 33 sièges socialistes seront renouvelés, dont une quinzaine de nouvelles têtes probables, toutes proches de la direction actuelle du PS. "Le renouvellement pourrait bien bousculer les équilibres du groupe, avec plus de fidèles de Faure que de Kanner", explique une parlementaire à L’Express. Et un proche de Kanner de s’agacer : "Olivier veut verrouiller la galaxie socialiste, après avoir verrouillé le parti. Il a une logique clanique." Les roses piquent encore.
Le roi Charles, Borne et le protocole
Quand on rencontre le roi d’Angleterre, on se tient ! Charles III a rencontré plusieurs parlementaires, à l’occasion de sa visite en France, ponctuée par un discours au Sénat. Ces élus ont été briefés sur le comportement à adopter en présence du souverain, via une note protocolaire concoctée par l’Ambassade de Grande-Bretagne à Paris. Il est donc possible d’engager une conversation avec le roi, il n’est pas exigé de s’incliner ou faire une révérence, mais mieux vaut appeler le souverain "Votre majesté". Il était en revanche déconseillé de "porter des vêtements de couleur particulière" en sa présence. Elisabeth Borne a-t-elle mal lu la note ? La Première ministre a accueilli le couple royal habillé d’une veste rose. "C’est son côté progressiste et moderne", sourit une cadre de la majorité.
Darmanin et la reine, une vieille histoire
Lorsqu’il était enfant, Gérald Darmanin se faisait souvent reprendre à la maison par sa mère : "Tiens-toi bien à table, si un jour tu déjeunes avec la reine d’Angleterre…" Ce qui ne devait jamais arriver arriva : mercredi soir, au château de Versailles, le ministre de l’Intérieur a dîné à la même table que Charles III et Camilla. Gageons qu’il s’est bien tenu.
Philippe : de l’utilité des bons sondages
Edouard Philippe a appris à se méfier des sondages. L’ancien Premier ministre garde en tête la mésaventure de son mentor Alain Juppé, défait lors de la primaire de 2016 après avoir régné plusieurs années sur les enquêtes d’opinion. Les partisans du Havrais observent donc avec distance les bons sondages de leur champion. Un lieutenant d’Edouard Philippe leur trouve toutefois une vertu particulière. "Ces sondages ne sont pas prédictifs, mais il est rassurant de voir qu’il reste haut malgré son changement physique." Cet élu juge que l’ex-chef de gouvernement a intérêt à se montrer pour habituer les Français à son visage. "Quand vous mesurez le nombre d’images le montrant avec une barbe et le nombre d’images depuis son départ de Matignon, on est loin de l’équilibre."
Colonna dans le viseur
L’attitude du Quai d’Orsay après l’afflux de migrants à Lampedusa n’a pas fait remonter la cote de Catherine Colonna en Macronie. Un ministre : "Il n’y a pas de parole forte du Quai. Où est le Quai ?" Un responsable parlementaire de la majorité : "Le drame du moment, c’est que Colonna est complètement absente sur le dossier, tout comme Laurence Boone [secrétaire d’État chargée de l’Europe] d’ailleurs, c’est proprement hallucinant. Tout le pôle Quai d’Orsay est défectueux, il est incompréhensible que le gouvernement ait bougé en juillet, sauf sur ce pôle-là. Le président doit sans doute se dire que la diplomatie c’est lui, lui, et lui, et point barre."
Bardella veut repêcher Maréchal
Front un jour, front toujours. Le RN ne semble pas rancunier, surtout pour les membres de la famille Le Pen. Tête de liste du parti d’Eric Zemmour pour les élections européennes, Marion Maréchal, si elle changeait d’avis, pourrait toujours revenir au bercail. C’est en tout cas ce qu’a sous-entendu en privé Jordan Bardella, en marge de sa rentrée à Beaucaire. "Zemmour, c’est Zemmour, mais est-ce que Marion Maréchal ne ferait pas mieux d’utiliser son énergie pour faire gagner le seul parti en mesure de l’emporter ?", a-t-il fait mine de s’interroger. Et d’ajouter : "Je suis un homme ouvert et bienveillant, et je ne désespère pas un jour de faire venir tous les patriotes dans le camp de ceux qui veulent gagner…"
Comment le RN veut piéger LR
Le 12 octobre, les députés RN mettront à l’ordre du jour, lors de leur niche parlementaire, un texte sur la suspension des allocations familiales pour les parents d’enfants criminels ou délinquants. Lors de la rencontre de Saint-Denis autour d’Emmanuel Macron, Jordan Bardella avait indiqué : "Nous voulons rétablir la loi Ciotti (sic)." Ce dernier remarque : "J’aurai du mal à ne pas le voter !"
