Entre "moment historique" et "injonctions contradictoires", la métropole de Clermont-Ferrand adopte son projet de PLUi
C’est une étape importante, "historique" même aux yeux de nombreux élus, dans l’élaboration du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) de la métropole de Clermont-Ferrand. Vendredi, à l’issue de six années de travail et de concertation, les élus métropolitains ont arrêté "le projet de PLUi".
Ce document fixe « un cadre ambitieux commun pour notre territoire », s’est félicité Grégory Bernard, conseiller métropolitain en charge du dossier, à l’heure de la présentation des grandes lignes de ce PLUi qui viendra, à terme, remplacer les Plans locaux d'urbanisme (PLU) des 21 communes de la métropole. Et de mettre en avant une grande ambition : « Nous avons résolument réduit les zones à artificialiser pour consommer moins de foncier et préserver les sols. Ça s’inscrit dans le cadre de la ZAN (Zéro artificialisation nette) et ça amène à proposer un nouveau modèle de développement qui repose davantage sur le renouvellement urbain. »
"Injonctions contradictoires"Concrètement, ce projet de PLUi fixe un cadre, de nombreuses règles et de multiples critères dans la protection du patrimoine, la préservation des espaces naturels, la sobriété foncière, la mixité sociale, le stationnement, la hauteur des constructions, etc.
Un document riche, technique, complexe, fruit de compromis mais qui interroge aussi de nombreux élus entre ce qui peut apparaître comme « des injonctions contradictoires » : comment réindustrialiser sans artificialiser ? Comment éviter la hausse des prix immobiliers que risque d’entraîner la raréfaction du foncier ? Comment préserver le paysage tout en développant le photovoltaïque, ce qui fait débat sur les hauteurs de Nohanent ? Comment se fournir en matériaux de construction locaux tout en tenant compte de l’opposition d’habitants à la carrière de Châteaugay (une dizaine d'entre eux étaient d'ailleurs présents dans le public lors de ce conseil métropolitain) ?
Comment "associer les citoyens" ?Jean-Marc Morvan (Orcines) s’inquiétait ainsi de « la perte de la valeur foncière de terrains qui deviennent non constructibles et l’impact sur le développement économique local », quand Flavien Neuvy (Cébazat) déplorait « la complexité du document. On construit des règles invraisemblables que les honnêtes citoyens essaient de respecter et dont les autres s’en contrefichent », commentait-il à propos de l’absence de véritables sanctions en cas de non-respect.
Des interrogations, des doutes, mais à la grande majorité, les élus ont malgré tout salué des avancées. « C’est un basculement majeur : nous passons d’une logique de droit à construire à une logique de préservation du territoire », se réjouissait Claire Brieu (groupe écologiste), qui invitait toutefois l’assemblée à « trouver des manières innovantes d’associer les citoyens », souvent éloignés de ces documents cadres. « Il faut que nous, élus, évitions cette posture de grands experts », appuyait Diego Landivar (La France Insoumise), qui appelait aussi à une meilleure prise en compte de l’expression démocratique. « Ce PLUi participe à une amélioration, nous le saluons, mais nous refusons de donner un chèque en blanc. »
Bientôt l'enquête publique« C’est un instant décisif dans l’histoire de la métropole, commentait le président de la métropole Olivier Bianchi (PS) à l’heure de conclure les débats. Ce document fixe des règles d’urbanisme pour longtemps. Certains déplorent que ça va trop loin, d’autres pas assez loin, mais au fond, c’est la quintessence du consensus. Par les temps qui courent politiquement, c’est important d’avoir conscience que l’on sait faire du dialogue et travailler pour l’intérêt commun. On a trouvé un chemin et c’est important car l’avenir du territoire, on ne doit pas le subir, on doit le façonner. »
Le projet de PLUi, adopté à la majorité (67 pour, 1 contre, 15 abstentions), sera désormais soumis à validation des conseils municipaux des 21 communes puis à enquête publique.
Arthur Cesbron
