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Май
2025

Philippe Dessertine : "Nous sommes à la fin d'un cycle, il faut inventer une nouvelle civilisation"

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C’est un ouvrage particulièrement ambitieux englobant les grands chocs de notre époque. Dans L’Horizon des possibles (Robert Laffont), Philippe Dessertine entend démontrer que nous sommes à la fin d’un long cycle historique, entre le vieillissement de la population, le réchauffement climatique, l’explosion des dettes ou les crises géopolitiques. Mais le professeur à l’Institut d’administration des entreprises de Paris-Panthéon-Sorbonne et directeur de l’Institut de haute finance reste optimiste. Pour lui, nous pouvons basculer dans un modèle radicalement nouveau, basé sur l’horizontalité, bien aidé en cela par la révolution technologique de l’intelligence artificielle.

Pour L’Express, Philippe Dessertine analyse l’impact de ces grands bouleversements économiques et démographiques et déplore que la France et l’Europe soient particulièrement à la traîne en matière d’innovation. A l’écouter, Emmanuel Macron, le RN ou LFI chez nous comme Donald Trump aux Etats-Unis "vivent dans le passé".

L’Express : Selon vous, nous sommes arrivés à la fin d’un mégacycle de deux siècles et demi initié par la révolution industrielle, et qui reposait sur une humanité jeune et en expansion…

Philippe Dessertine : Le premier changement structurel majeur, c’est le dérèglement climatique. Mais cela ne signifie pas que l’humanité va à sa fin. Nous sommes simplement à la fin d’un très long cycle. Comme l’innovation technologique s’est arrêtée après la Seconde Guerre mondiale, on a démultiplié les produits physiques plutôt que d’inventer de nouvelles choses pour améliorer nos vies : nous nous sommes ainsi mis à acheter deux voitures, trois téléphones… A la tête des entreprises, les innovateurs ont cédé la place à ceux qui vendent, puis à ceux qui vont du marketing, puis enfin aux contrôleurs de gestion et aux financiers. Le modèle est devenu fou. Le dérèglement climatique provient d’un système économique à bout de souffle, et non par exemple, du nombre d’humains sur la planète. Par ailleurs, nous nous concentrons de plus en plus dans des mêmes endroits, dans une logique verticale, alors que d’autres régions se désertifient. De surcroît, le réchauffement climatique va frapper bien plus durement les pays du Sud global, alors que c’est nous, les Occidentaux, qui avons conçu ce modèle industriel.

Face à cette crise écologique, certains prônent la décroissance. Mais c’est rester dans une même logique et sur un même modèle, en le faisant simplement ralentir. La décroissance, c’est très conservateur ! La volonté de décarboner nos énergies, elle non plus, ne remet fondamentalement pas en question notre système. C’est le "il faut que tout change pour que rien ne change" du Guépard de Lampedusa. Face au réchauffement climatique, nous devons être révolutionnaires, et changer radicalement de modèle. Contrairement à la décroissance, ce nouveau modèle devra prendre en compte les gens pauvres. L’indicateur absolu de performance, c’est l’espérance de vie. Plus on est riche, plus on vit longtemps. La question, c’est donc que peut-on faire pour que le Nigeria atteigne lui aussi 80 ans d’espérance de vie. C’est d’ailleurs obligatoire, car sinon il y aura des migrations massives des pays jeunes, par exemple en Afrique, vers ceux où l’on vit longtemps, comme en Europe.

Face à cette crise climatique, nous devons ainsi apporter une réponse universelle prenant en compte les pays pauvres. Mais en même temps, cela ne peut se faire que localement, car le modèle que nous quittons est devenu totalement pyramidal, avec des organismes de plus en plus hauts qui décident pour la masse des humains…

Quelles sont les conséquences du vieillissement de la population ?

C’est en soi une bonne nouvelle, car cela signifie que nous vivons plus longtemps. Mais ce vieillissement est un changement majeur de paradigme, car le modèle économique est fondé depuis des siècles sur la jeunesse et son expansion. Une humanité jeune consomme énormément de produits physiques. Les XVIIIe et XIXe siècles ont ainsi été marqués par des révolutions énergétiques pour améliorer la production industrielle et décupler la force physique humaine. Mais une humanité âgée se déplace de moins en moins, et a besoin de bien plus de services, qui sont fournis par le cerveau humain. Dès lors, l’enjeu majeur de notre époque, est de démultiplier la puissance du cerveau.

Pour moi, la réindustrialisation, tant mise en avant par Emmanuel Macron comme Donald Trump, est une expression d’un autre temps. Non que l’industrie doive disparaître ; mais elle connaît la même évolution que l’agriculture. Autrefois, l’agriculture représentait 90 % du PIB. Aujourd’hui, c’est 3 %. Cela ne signifie pas que l’agriculture n’est pas fondamentale pour l’humanité, car il faut continuer à nourrir la planète. Simplement, avec les progrès technologiques et les gains de productivité, son poids économique relatif a diminué. L’industrie, c’est pareil. Elle ne va pas disparaître, mais sa part ne peut que baisser. En Chine, l’industrie représente toujours 26 % du PIB. Les dirigeants chinois savent que cela ne peut pas durer. L’Inde, leur grand concurrent asiatique, a une industrie qui ne représente que 16 % du PIB, avec une croissance forte autour des services. Aujourd’hui, l’Allemagne est en crise car son industrie s’élève encore à 19 % du PIB, contre moins de 10 % chez nous. En France, les débats politiques et médiatiques se sont focalisés sur la relocalisation du Doliprane. Mais c’est totalement anecdotique, alors même que nous ne produisons aucune micro-puce ! Le "Make American Great Again" de Trump est tout aussi démagogique. On veut revenir sur ce qui a fait la puissance américaine par le passé. L’Amérique est d’ailleurs en déclin, avec une espérance de vie qui a baissé depuis plusieurs années…

Ce déclin de l’Occident est une fatalité, mais c’est tout à fait normal.

La fin de la domination de l’Occident représente pour vous un autre mégacycle qui s’achève…

Là encore, la démographie est essentielle. Paris au XVIIIe siècle était la plus grande ville du monde. Forte de sa démographie, la France était alors la puissance dominante, donnant une dernière fois l’illusion de sa suprématie sous Napoléon au début du XIXe siècle. Aujourd’hui, le pays le plus peuplé au monde, c’est l’Inde. Le Japon, qui perd un million d’habitants par an, est dans un hiver démographique qui se traduit par un recul économique. Les Etats-Unis ont 340 millions d’habitants, mais refusent, avec Trump, de continuer à accueillir une population étrangère.

Ce déclin de l’Occident est une fatalité, mais c’est tout à fait normal. Il y a eu un cycle de 600 ans durant lequel l’Occident – d’abord l’Europe, puis l’Amérique – a dominé le monde. Maintenant, c’est au tour de l’Asie, et probablement qu’au XXIIe siècle, ce sera l’Afrique. Il n’y a rien de triste. L’Occident ne va pas disparaître. Il doit plutôt réfléchir à préserver ses valeurs, notamment la liberté de l’individu et l’égalité hommes-femmes, et à comment les défendre maintenant qu’il devient minoritaire face au "Sud global".

Le rapport entre la dette et la richesse produite par l’humanité n’a jamais été aussi distendu…

Quand une puissance dominante décline, cela se traduit toujours par une création monétaire déréglée pour créer l’illusion de la richesse. C’est arrivé en 1929, quand la puissance dominante d’alors, le Royaume-Uni, a produit de la dette de façon folle. Au XVIIIe siècle, la France s’est retrouvée en banqueroute. L’Espagne aussi, durant son Siècle d’or, a créé une monnaie folle grâce à l’or et l’argent de ses colonies américaines. Bill Clinton est le premier président qui a voulu que la création de monnaie et de crédit (notamment immobilier) serve aux Etats-Unis pour faire un "soft landing" rendant moins sensibles à ses concitoyens le déclassement progressif du pays, ce fameux déclin au centre du discours de Trump du 20 janvier 2025. Mais les conséquences de ces logiques d’endettement sont toujours catastrophiques, avec d’abord des bulles de valeurs, puis l’inflation, les krachs, des crises de plus en plus graves, pour finir sur des guerres… En 2023, le PIB mondial, la valorisation de l’activité économique globale, a dépassé pour la première fois les 100 000 milliards de dollars. Mais dans le même temps, la dette mondiale, en intégrant celle émise par la finance non régulée, s’élève à quelque 330 milliards de dollars.

Mais à la différence des crises passées, cette liquidité folle émise depuis trente ans contre toute rationalité économique représente une opportunité incroyable pour basculer dans un nouveau modèle économique. Il faut arriver à recoller cette masse financière à un nouveau PIB, c’est-à-dire à une nouvelle représentation de la valeur. Cette monnaie, irréelle au départ, pourrait devenir le plus formidable des leviers pour l’accélération du processus d’investissements vertueux. Pour cela, il faut de nouveaux indicateurs montrant que des entreprises créent réellement des nouvelles valeurs.

Vous rappelez que de Philippe le Bel à Emmanuel Macron, "la chaîne des fous de la dette au sommet de l’Etat ne connaît quasiment pas d’interruption, sans provoquer d’émoi chez les institutions ou l’opinion publique", à l’exception notable de quelques personnalités, comme Charles de Gaulle ou Georges Pompidou…

La dette est une spécialité française. Les Français ont l’impression d’être riches, alors que notre pays est en recul constant. Mais nos compatriotes se vivent toujours comme une puissance dominante. A l’époque, Philippe le Bel était au moins le numéro 1. Aujourd’hui, la France ne l’est plus depuis longtemps, mais Emmanuel Macron reste persuadé qu’une dépense publique hors de contrôle va ruisseler. Il est à la fois de gauche, en faisant du déficit, et de droite parce qu’il aide les entreprises. On peut aussi citer le cas de la maire de Paris qui a fait exploser la dette de la capitale française depuis 2014, tout en pratiquant une politique de verrouillage des loyers, avec des propriétaires confrontés, en plus de la bulle sur leurs actifs, à une augmentation chronique de leur taxe foncière. Elle a été réélue sans coup férir en 2020, preuve que l’explosion de la dette chez les Français n’entraîne strictement aucune conséquence politique.

Notre pays a encore des atouts, avec une école mathématique et des scientifiques géniaux, sauf que ceux-ci ne restent pas en France, car on ne les finance pas. Dans l’IA, il faut aujourd’hui investir des milliers de milliards. Mario Draghi, dans son rapport, a bien rappelé que nous vivons dans le rétroviseur, et que nous nous trompons d’époque. L’Europe aurait pourtant la capacité d’être un acteur, avec des scientifiques en pointe et un réservoir de datas fantastiques. Et pourtant, dans le domaine hyperstratégique des puces par exemple, il n’y a aucune entreprise européenne parmi celles dominantes au niveau mondial. C’est la première fois dans l’Histoire qu’aucune entreprise européenne ne fait partie des plus grands acteurs mondiaux (Microsoft a 3000 milliards de valorisation ; SAP, la première européenne, 300…). Il est temps de se réveiller.

Mais c’est en Europe que les oppositions à l’IA ou à toute nouvelle technologie sont les plus fortes…

Le démarrage de l’IA générative – les LLM, ou Grand modèle de langage, ne sont probablement qu’une première étape – rappelle celui du nucléaire. Depuis l’atome, c’est la première fois que les humains se disent que cette technologie est tellement puissante qu’elle pourrait provoquer la fin de l’humanité. Mais c’est aussi une nouvelle évolution de l’humanité, qui a le potentiel de changer nos modes de vie et créer de nouveaux paradigmes. L’IA sera un outil incroyable pour que les humains vivent différemment, et que ces nouveaux modes de vie soient désirables. Cela me rend optimiste.

Mais effectivement, l’Europe a raté l’IA du point de vue économique, pas scientifique, ce qui est d’autant plus regrettable. On a refusé l’arrivée d’une technologie de rupture manifeste, en ne voyant pas le potentiel qu’elle représente. Aujourd’hui, OpenAI (valeur de… 300 milliards, en deux ans et demi) est déjà en train de plafonner, car il y a à sa tête un homme cynique, Sam Altman. Même jeune, OpenAI est déj trop lourd et trop gros pour avoir inventé DeepSeek. Mais Sam Altman a en tout cas lancé une vraie révolution avec ChatGPT. Cet outil a pour vocation de nous faire gagner du temps de vie. 90 % des travailleurs ont dans leur travail 90 % du temps qu’ils pourraient supprimer afin de se focaliser sur leurs vraies capacités. Cela va du journaliste au boulanger ou à l’infirmière. L’IA leur permettra de gagner du temps et ne plus remplir des papiers stupides ou d’éviter les déplacements frénétiques.

Les Gafam sont déjà morts ! Une grande structure est là pour économiser des coûts.

Mais politiquement, nous préférons voter pour des partis nostalgiques. Le RN et LFI sont des formations qui vivent dans le passé. Mais Macron est lui aussi nostalgique en entretenant le mythe de la réindustrialisation. Instinctivement, les Français comprennent que cela ne va plus. Depuis 2002 et la présence au second tour de Jean-Marie Le Pen, nos compatriotes votent pour faire péter le système, mais à chaque fois le système tient, alors que les électeurs sont déçus. Trump aux Etats-Unis, c’est exactement le même phénomène. Il vante le retour à la puissance d’avant. Mais trois mois après son retour à la Maison-Blanche, tout le monde constate que c’est déjà une illusion. Et en Europe, Ursula von der Leyen n’est sans doute pas la personne la plus à même d’incarner un nouveau modèle. C’est un frein à main complet.

Vous prônez un nouveau modèle basé sur l’horizontalité. N’est-ce pas démagogique ?

Non, on y est déjà ! Les lois, les impositions venues du haut, ça ne marche pas. Il faut que les gens aient envie de passer à un nouveau modèle qui leur paraît désirable. Nous avons pendant plusieurs siècles vécu dans un modèle industriel basé sur la verticalité. Il fallait que les gens se retrouvent à un même endroit pour produire des choses physiques. Cela a engendré les villes verticales. Ces mouvements et ces concentrations ont provoqué le dérèglement climatique et une organisation humaine intenable dans les villes.

Mais aujourd’hui, nous sommes à un retour à l’horizontalité, qui a toujours été la logique de l’humanité, avec des petites communautés reliées entre elles. Cette horizontalité est partout. On supprime des lignes hiérarchiques dans l’entreprise comme en politique. On émet de la monnaie sans banque centrale. On décentralise. On télétravaille. Car il est bien plus agréable de vivre dans des petites communautés plates que dans des grandes villes verticales. Ce mouvement est déjà lancé ! Et c’est la seule solution, d’un point de vue écologique comme économique, car une petite entité sera la plus à même d’innover.

Les Gafam ne prouvent-elles pas le contraire ?

Les Gafam sont déjà morts ! Une grande structure est là pour économiser des coûts. C’est le contrôleur de gestion qui dirige l’entreprise. Par définition, sa logique est celle de la non-innovation, car l’innovation remet en cause l’existence même de ces grandes structures, les obligeant à muter sans cesse. Google a énormément de cash. Ils ne savent même plus dans quoi investir, mais ils ratent énormément d’opportunités. Dans ce cycle d’hyper-innovation, tout va très vite. La petite structure innovante devient grande et disparaît vite. En Europe, l’entreprise familiale reste notre mantra, alors qu’elle est inadaptée aux temps qui viennent. Un entrepreneur innovant transmet l’entreprise à ses enfants, puis petits-enfants. Celle-ci est stabilisée, mais ne peut plus innover. C’est pour cela que nous avons des forces très conservatrices dans les milieux économiques en Europe, avec des structures fossilisées qui vivent sur une réussite passée. C’est typique de la fin d’un cycle.

Les grandes tours de nos entreprises les plus importantes sont, elles aussi, les symboles de cette verticalité finissante. Elles sont censées incarner la puissance, mais représentent en réalité tous les dysfonctionnements de ce vieux modèle. A Dubaï, ils ont senti que le pétrole était sur la fin. Ils ont donc construit des tours dingues incarnant l’ancien monde. Alors que les personnes, en réalité, veulent vivre dans un endroit sympa, plus petit, où ils s’entendent bien avec leurs voisins, mais à une certaine distance. Personne ne veut vivre dans ces immenses tours verticales. Personne non plus n’aime se déplacer tous les matins pour se retrouver à La Défense, à Paris. Il faut donc inventer une nouvelle civilisation.

L’Horizon des possibles, par Philippe Dessertine. Robert Laffont, 235 p, 22 €.







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