Dette : pourquoi le virage allemand ne fait pas les affaires de la France
Une révolution est en marche outre-Rhin. Et les chiffres donnent le tournis. Après plusieurs semaines de tractations, la nouvelle coalition allemande, dirigée par le chancelier Friedrich Merz et composée des conservateurs de la CDU-CSU et des sociaux-démocrates du SPD, a présenté, ce 24 juin, son tout premier projet de loi de finances. Un texte de rupture qui met fin à quinze années d’orthodoxie budgétaire. D’ici à 2029, l’Allemagne va lever près de 850 milliards d’euros de dette pour financer ses besoins en matière de défense, d’infrastructures ou encore de santé. Elle met ainsi un terme au "frein à l’endettement", créé après la crise financière de 2008. Jusqu’à présent, cette règle d’or limitait à 0,35 % du PIB la capacité d’emprunt du pays chaque année.
A la découverte de ce plan d’investissement et du montant débloqué pour le mettre en œuvre, l’observateur français serait tenté de se réjouir. Après tout, l’Hexagone est – avec la Chine et les Etats-Unis – l’un des premiers partenaires commerciaux de Berlin. Et quand l’économie allemande est prospère, elle irrigue forcément son proche voisin, et tout le reste de l’Europe. Si ce n’est qu’en sollicitant dans de telles proportions les marchés obligataires, la première puissance européenne risque de bouleverser les équilibres en place. "Une augmentation des émissions allemandes pourrait mettre sous pression les autres pays de la zone euro, en rendant leur propre financement plus difficile", anticipe l’économiste Jens Boysen-Hogrefe, spécialiste des finances publiques au Kiel Institute for the World Economy. A commencer par la France…
Le contraste entre les deux moteurs de la zone euro est saisissant. La dette publique tricolore culminait fin 2024 à plus de 3 300 milliards d’euros, soit 113,2 % du PIB, quand celle de l’Allemagne frôlait seulement les 2 500 milliards d’euros, à peine plus que les 60 % du PIB requis par les règles européennes de Maastricht. "Si la préférence va aux titres allemands, alors ceux de la France ou de l’Italie pourraient pâtir de cette concurrence. Un effet domino est à craindre", souligne Jens Boysen-Hogrefe. Avec pour conséquence de tendre un peu plus les taux auxquels Paris emprunte. Mauvaise nouvelle, alors que les marchés sont déjà aux aguets face à la réponse budgétaire du gouvernement Bayrou pour réduire ce déficit public abyssal.
