Boualem Sansal : la France, l’Algérie et le supplice chinois
Boualem Sansal aime les fables ; il en a d’ailleurs écrit quelques-unes lui-même, dont 2084, ce roman au titre et aux accents orwelliens. Mais ce qui se joue en ce moment sur son cas entre l’Algérie et la France tient plus de la cruauté de La Fontaine : depuis de longues semaines, le régime algérien se plaît à souffler le chaud, puis à décider le froid, laissant la France dans une embarrassante position. Espérant une grâce présidentielle pour l’écrivain, Paris ménage Alger, qui humilie Paris.
A l’heure où nous bouclons ces pages, une nouvelle rumeur, diffusée par un initié algérien auprès des soutiens de Sansal, circulait : l’écrivain franco-algérien pourrait être libéré entre le 9 et le 12 juillet par une grâce personnelle d’Abdelmadjid Tebboune, mais serait interdit de sortie du territoire. Cette fois, les faits donneront-ils corps aux espoirs ? Jusqu’au premier week-end de juillet, le Quai d’Orsay était persuadé que Boualem Sansal serait libéré lors de la fête nationale algérienne du 5 juillet, à l’occasion de la grâce collective annuelle du président. Les diplomates disaient tenir leur information d’officiels algériens – c’est-à-dire, donc, de la présidence elle-même ou du ministère des Affaires étrangères. Mais le 5 juillet est passé, et Boualem Sansal n’a reçu aucune grâce. Pas plus qu’il n’y a eu de signe positif quant au sort réservé au journaliste français Christophe Gleizes, condamné dimanche 29 juin en première instance par le tribunal de Tizi-Ouzou à une peine de sept ans de prison ferme pour "apologie du terrorisme" dans le cadre d’un article sur le club de football de la Jeunesse sportive de Kabylie.
Pour la France, les espoirs douchés deviennent une habitude. Fin 2024, déjà, un conseiller d’Emmanuel Macron était convaincu que Boualem Sansal serait expulsé du territoire et exfiltré en Allemagne peu après Noël. A chaque fois, le pouvoir algérien paraît entretenir ces bruits. Le 9 juin, encore : Le Soir d’Algérie, journal "autorisé" par le pouvoir, écrivait que "libérer Sansal pour des raisons d’humanité devrait s’imposer à la raison", ce qui a été également perçu comme un signe positif par le Quai d’Orsay.
Las. Voilà huit mois, désormais, que l’écrivain, atteint d’un cancer, arrêté le 16 novembre dernier à la descente de son avion en provenance de Paris, croupit dans les geôles algériennes. A l’issue de l’audience de son procès en appel, la cour lui a demandé s’il avait un dernier mot à ajouter. "Ce procès est celui de la littérature, et il n’a ni lieu d’être ni aucun sens", a-t-il déclaré. Finalement, c’est une fable de Voltaire.
