Inondations au Texas : cette théorie complotiste qui accuse l’Etat de contrôler la météo
"Je présente un projet de loi qui interdit l’injection, la libération ou la dispersion de produits chimiques ou de substances dans l’atmosphère dans le but de modifier volontairement le temps, la température, le climat ou l’intensité du rayonnement solaire." C’est par ces mots, publiés le 5 juillet sur le réseau social X, que Marjorie Taylor Greene, élue républicaine de Géorgie, a ravivé une vieille théorie du complot, déjà largement discréditée par la communauté scientifique : celle selon laquelle le gouvernement manipulerait délibérément la météo. Une déclaration d’autant plus retentissante qu’elle intervient dans un climat de deuil national, alors que le Texas tente de se relever de l’une des inondations les plus meurtrières de son histoire, avec au moins 100 morts recensés à ce jour.
Selon la républicaine et plusieurs autres figures de la droite radicale, ces crues seraient le fruit d’un ensemencement artificiel des nuages ou d’interventions atmosphériques organisées par l’Etat ou des acteurs privés. La représentante entend faire de la "modification du climat" un crime fédéral, reprenant presque mot pour mot le vocabulaire des groupes en ligne qui défendent la théorie des "chemtrails", ces traînées d’avion supposément chargées de substances chimiques et libérées volontairement dans le ciel. Ce discours, sans fondement scientifique, relance une rhétorique complotiste bien ancrée dans une frange de l’extrême droite américaine.
"Meurtre climatique"
Marjorie Taylor Greene n’en est pas à son coup d’essai. Depuis plusieurs années, l’élue de Géorgie alimente l’idée que certaines catastrophes naturelles seraient intentionnellement provoquées pour frapper les États à majorité républicaine. En octobre dernier, après le passage de l’ouragan Helene, elle publiait sur X : "Oui, ils peuvent contrôler la météo… c’est ridicule de prétendre que ce n’est pas possible", sans jamais préciser qui se cacherait derrière ce mystérieux "ils". Dans une autre publication, elle partageait une carte des dégâts causés par les ouragans dans le sud-est des États-Unis, affirmant que les zones républicaines étaient "systématiquement plus touchées" que celles tenues par les démocrates.
Cette obsession s’est encore accentuée avec l’annonce de son projet de loi, alors même que le Texas est bien connu pour être un bastion républicain. Présenté comme une mesure de sécurité publique, son texte vise à interdire toute forme de "géo-ingénierie", une notion floue qui englobe à la fois des techniques réelles, comme l’ensemencement des nuages, et des fantasmes complotistes.
Dans la foulée, Kandiss Taylor, candidate républicaine au Congrès et proche de Marjorie Taylor Greene, a abondé dans le même sens, affirmant que des prétendues manipulations météorologiques étaient responsables des inondations au Texas, et allant jusqu’à parler de "meurtre climatique".
Aucun élément prouvant une modification climatique
Pourtant, la science contredit formellement ces affirmations. L’ensemencement des nuages est bien une technique utilisée, notamment dans certaines régions arides ou montagneuses des États-Unis, mais son effet est extrêmement limité dans le temps et l’espace. Selon la NOAA (Agence nationale océanique et atmosphérique), cette méthode peut être utilisée pour favoriser les précipitations, mais ne saurait en aucun cas provoquer des événements climatiques extrêmes comme des crues subites.
De son côté, le météorologue Matthew Cappuccino a fustigé les déclarations de la républicaine : "Ce n’est pas une déclaration politique, mais en tant que scientifique atmosphérique diplômé de Harvard, je peux dire que la représentante Marjorie Taylor Greene ne sait absolument pas de quoi elle parle. Elle serait tout aussi qualifiée pour piloter un Boeing 737, pratiquer la médecine nucléaire ou dresser des zèbres."
Même le sénateur républicain du Texas, Ted Cruz, a pris ses distances. Lundi matin, lors d’une conférence de presse à Camp Mystic, où 27 enfants et moniteurs sont morts noyés, celui-ci a déclaré : "À ma connaissance, il n’existe aucune preuve de quoi que ce soit lié à une modification climatique. Internet peut être un endroit étrange. Les gens peuvent inventer toutes sortes de théories farfelues." Pour le moment, le projet de loi n’a pas encore été introduit à la Chambre des représentants.
