Droits de douane : Donald Trump vole au secours de Jair Bolsonaro et cible le Brésil
La crise entre les Etats-Unis et le Brésil est montée d’un cran mercredi 9 juillet, avec l’annonce par Donald Trump de son intention d’imposer 50 % de droits de douane additionnels sur les produits brésiliens en représailles aux poursuites lancées contre l’ex-président Jair Bolsonaro. Tant et si bien que le réal brésilien a chuté à son plus bas niveau depuis début juin.
Au cœur du bras de fer : le sort de l’ancien chef d’Etat d’extrême droite Jair Bolsonaro (2019-2022), allié du président américain Donald Trump. Jugé pour tentative de coup d’Etat, il risque jusqu’à 40 ans de prison s’il est condamné lors de son procès face à la Cour suprême, qui pourrait s’achever dans les prochains mois. L’ultra-conservateur est accusé d’avoir été le "leader d’une organisation criminelle" ayant conspiré pour son maintien au pouvoir après l’élection présidentielle d’octobre 2022, finalement remportée par le chef de file de la gauche brésilienne, Luiz Inacio Lula da Silva.
Donald Trump soutient son homologue d’extrême droite
C’était sans compter la réaction de Donald Trump. Dans une lettre adressée mercredi à Lula, le locataire de la Maison-Blanche affirme que "la manière dont le Brésil a traité l’ancien président Bolsonaro est une honte internationale". Les poursuites judiciaires contre lui sont "une chasse aux sorcières qui doit cesser immédiatement", ajoute-t-il, reprenant ses sempiternels éléments de langages.
Le président américain accuse également le Brésil d'"attaques insidieuses contre les élections libres et la liberté d’expression fondamentale des Américains", citant notamment les tentatives de la Cour suprême brésilienne de réguler les réseaux sociaux et la désinformation sur les plateformes.
Dans sa lettre, Donald Trump annonce aussi l’attaque qu’il lancera d’ici la fin du mois sur le Brésil de Lula. "A compter du 1er août, nous appliquerons 50 % de droits de douane sur tout produit brésilien entrant aux Etats-Unis, en plus des droits de douane sectoriels", annonce-t-il. Le courrier prévient également que toute mesure de représailles entraînera "une hausse" supplémentaire de la surtaxe américaine du même montant.
Lula dénonce l’ingérence et défend les BRICS +
Esquissant une possible escalade, Lula a pourtant prévenu quelques heures plus tard que son pays pouvait décider d’agir en "réciprocité" à "toute mesure de hausse des droits de douane de manière unilatérale". "Le Brésil est un pays souverain avec des institutions indépendantes qui n’acceptera la tutelle de personne", a-t-il affirmé dans un communiqué, refusant toute "ingérence ou menace" contre la justice brésilienne.
La première puissance économique d’Amérique latine avait jusqu’ici été moins frappée que d’autres par la guerre commerciale menée par le président américain à coups de surtaxes douanières. Les Etats-Unis dégagent un excédent commercial dans leurs échanges avec le pays, ce que ne s’est pas privé de rappeler Lula. Le Brésil s’était toutefois vu infliger de nouveaux droits de douane de 50 % sur l’acier et l’aluminium ces derniers mois. Il est le second exportateur d’acier vers les Etats-Unis.
Le ministère brésilien des Affaires étrangères a d’ailleurs convoqué mercredi le chargé d’affaires américain pour protester contre le soutien apporté par l’ambassade, dans le sillage de Donald Trump, à Jair Bolsonaro. Il a été reproché au diplomate Gabriel Escobar "une ingérence indue dans les affaires internes brésiliennes", selon une source de l’AFP. En cause : un communiqué publié mercredi par le service de presse de l’ambassade, qui jugeait "honteuse" la "persécution politique" contre Jair Bolsonaro et ses soutiens.
La crise entre le Brésil et les Etats-Unis va au-delà même de la relation bilatérale puisqu’elle touche aussi aux BRICS +, le groupe des pays émergents actuellement présidé par Brasilia, qui inclut notamment la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud. Lundi, le président américain a menacé de droits de douane supplémentaires "tout pays s’alignant sur les politiques anti-américaines des BRICS". "Nous ne voulons pas d’un empereur", avait réagi Lula. Lors d’un sommet à Rio de Janeiro dimanche, le bloc qui entend représenter le "Sud global" sur la scène internationale avait critiqué les droits de douane américains, sans toutefois nommer les Etats-Unis et Donald Trump.
