Parlement européen : ce que révèle la motion de censure contre Ursula von der Leyen
Un an après sa réélection à la tête de la Commission européenne à une courte majorité, Ursula von der Leyen affronte, ce jeudi 10 juillet, une motion de censure déposée par l’extrême droite. Si celle-ci n’a que très peu de chance d’aboutir, le débat qu’elle a ouvert ces derniers jours a néanmoins mis en lumière les divisions au sein de la majorité pro-européenne - les centristes et les socialistes en profitant pour régler leurs comptes avec la cheffe de l’exécutif.
À l’origine de cette motion de censure, on retrouve un groupe hétéroclite d’élus anti-Europe, comme des ultra-conservateurs polonais, des non-affiliés supporters de Vladimir Poutine, mais surtout le député roumain Gheorghe Piperea (du parti d’extrême droite AUR), membre du groupe ECR (eurosceptiques). C’est lui qui a déposé le texte, qui accuse Ursula von der Leyen "d’opacité" dans le scandale du "Pfizergate".
Motion fourre-tout
Pour rappel, Ursula von der Leyen avait été accusée, au moment de la pandémie, de ne pas avoir fait preuve de suffisamment de transparence dans la gestion des commandes de vaccins contre le Covid. Elle n’avait notamment jamais rendu public un échange de SMS avec le PDG de Pfizer Albert Bourla, quand l’Union européenne négociait l’achat de vaccins auprès de ce laboratoire américain. Cette opacité a suscité des plaintes de diverses associations et personnes, ainsi que du New York Times, sans que le contenu de ces messages n’ait été rendu public à ce jour.
La motion reproche également à la Commission d’avoir interféré dans les élections en Allemagne, où la CDU, le parti d’Ursula von der Leyen, a remporté le scrutin, ainsi qu’en Roumanie — où le candidat pro-européen est sorti vainqueur, face au candidat d’extrême droite d’AUR. Aucune preuve ne permet cependant d’étayer ces différentes affirmations.
L’issue du scrutin de ce jeudi laisse néanmoins peu de doutes : l’extrême droite, seule, n’est pas en mesure de renverser Ursula von der Leyen. La motion ne fait d’ailleurs même pas l’unanimité au sein du groupe ERC (Conservateurs et réformistes européens), où siègent les députés italiens du parti de Giorgia Meloni, plus conciliant avec la commissaire européenne.
Von der Leyen dénonce les "antivaccins"
La cheffe de l’exécutif européen a ainsi balayé les critiques devant un hémicycle rempli à Strasbourg, lundi, débattant de la motion de censure. Elle a notamment fustigé des "antivaccins" et admirateurs "de Poutine". Mais le débat, houleux, n’a pas manqué de mettre en lumière les divisions au sein de sa majorité centriste.
Ursula von der Leyen a, en effet, été réélue pour un second mandat à la tête de la Commission avec 401 voix des 707 votants. Cette nouvelle législature doit s’axer sur la compétitivité, la défense européenne et la promesse de l’application des normes écologiques du "Pacte vert", adopté lors du précédent mandat. Une feuille de route qui lui a permis de rallier le soutien d’une majorité centrale composée des conservateurs (PPE), socialistes (S & D), et centristes (Renew).
Mais si le PPE, première force au Parlement, fait aujourd’hui bloc autour de la présidente de la Commission, ce n’est pas tout à fait le cas du reste de la coalition. À gauche, les socialistes reprochent en effet au PPE de flirter avec l’extrême droite, notamment pour remettre en cause des mesures environnementales.
"Voulez-vous gouverner avec ceux qui veulent détruire l’Europe, ou avec ceux qui se battent chaque jour pour la construire ?", a ainsi lancé la cheffe des sociaux-démocrates, Iratxe García Pérez, face à la commissaire européenne. La présidente des centristes, la Française Valérie Hayer, a à son tour interpellé la droite : "Qui sont vos alliés dans ce Parlement ?".
Article 122 dénoncé
Les eurodéputés reprochent également à la Commission de trop contourner le Parlement via l’article 122 (l’équivalent du 49.3 français, mais version européenne), récemment appliqué sur un programme de prêts pour financer la défense européenne. La Commission a aussi menacé il y a peu de retirer une loi contre le greenwashing des entreprises (écoblanchiment, en français) pourtant en cours de négociation au Parlement. "L’agenda européen patine", "la Commission est trop centralisée et sclérosée", a ainsi dénoncé la Française Valérie Hayer, à l’attitude d’habitude plus policée.
De son côté, le chef de la droite, l’Allemand Manfred Weber, a dénoncé au sujet de la motion de censure une tentative "de saper l’unité de l’Europe et de faire tomber la Commission en cette période de turbulences mondiales et de crise économique".
Cependant, jamais jusqu’ici un commissaire n’a encore été censuré à Strasbourg, ce type de motion requérant les deux tiers des suffrages pour être adopté. Seul le Luxembourgeois Jacques Santer avait été poussé à la démission en 1999, avant un vote perdu d’avance à la suite d’un rapport accablant sur sa "lourde responsabilité" dans des affaires de fraude.
