A quoi ressemblera la France en 2040 ? Les sombres prévisions de l’Institut Montaigne
C’est un rapport de près de 300 pages, froidement intitulé "France 2040 : projections pour l’action politique", mais d’une brûlante actualité. Dans cet exercice de futurologie coordonné par le politologue Bruno Tertrais, les experts de l’Institut Montaigne dessinent "le portrait impressionniste de cette France à venir, si nous continuons sur notre lancée actuelle", explique en avant-propos Marie-Pierre de Bailliencourt, la directrice du think tank. Laquelle précise d’emblée, à l’intention des autruches : "Le résultat est peu engageant."
Des politiques publiques "en silo"
Les menaces à quinze ans qui pèsent sur le modèle français sont parfaitement documentées : déclin démographique et explosion des dépenses de santé, stagnation de la productivité, endettement public croissant, affaissement de l’appareil industriel, déficit structurel du commerce extérieur, dégradation du niveau scolaire, déclassement et colère sourde des classes moyennes, aggravation des clivages territoriaux… "Ces facteurs, souvent étudiés isolément, révèlent une dynamique beaucoup plus inquiétante lorsqu’ils sont examinés conjointement, chacun renforçant la vulnérabilité de l’autre", pointent les auteurs, qui mettent en garde contre la pratique délétère consistant à gérer le pays "au fil de l’eau" et à penser les politiques publiques "en silo", sans prendre en compte leurs interactions. Toute ressemblance avec l’exercice actuel du pouvoir est évidemment fortuite…
Le piège du statu quo
Ce constat implacable débouche, et c’est son originalité, sur l’examen de plusieurs scénarios. Le renoncement, ou la poursuite de l’inaction. Le repli, sur fond de "souverainisme défensif" et de désengagement européen. La retouche, à base de réformes modestes, techniques, toujours différées. La rupture, portant aux nues une thérapie économique de choc, au prix d’un contrat social fracturé. La révocation, enfin, dont le communautarisme, la décroissance et la démilitarisation forment la matrice idéologique.
Autant de pièges et de mirages face auxquels l’Institut Montaigne pose quelques principes clairs sur ce que les Français doivent préserver, restaurer ou réinventer : "l’universalité du modèle social, l’égalité des chances, la liberté de penser et d’entreprendre, la prospérité individuelle et collective, la capacité à défendre nos intérêts dans la durée et la souveraineté de nos décisions". Un programme pour 2027, d’essence résolument libérale, dont on peine à voir, dans l’offre politique actuelle, qui saura s’en saisir.
