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Июль
2025

Le néo-antifascisme d’une certaine gauche désemparée se bat contre des fantômes, par Pierre-André Taguieff

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Après 1945 et la destruction des régimes fascistes en Europe, on a assisté à une folklorisation du fascisme résiduel observable, prenant la forme de mouvements ou de groupes baptisés "néofascistes" par leurs dénonciateurs heureux et fiers de se présenter eux-mêmes comme des "antifascistes". Ces derniers se font gloire d’être "du bon côté de l’histoire", face aux "fascistes", qui seraient "du mauvais côté de l’histoire", ce qui leur vaut haine, mépris et condamnation absolue.

Dans la catégorie floue qu’est le "néofascisme", concept élastique et catégorie d’amalgame d’usage polémique, on trouve regroupés en vrac des survivants des fascismes historiques restés fidèles à eux-mêmes, des marginaux haïssant "le Système" et saisis par la nostalgie d’un "extrémisme" ou d’une "radicalité" qu’ils auraient aimé partager, des illuminés sectaires, nombreux chez les collectionneurs de vestiges du nazisme ou du fascisme mussolinien, des groupuscules se voulant "révolutionnaires" ou "révolutionnaires-conservateurs" en lutte contre la démocratie libérale au service du capitalisme globalisé, et des partis politiques dits "d’extrême droite", "nationalistes", "populistes" ou "nationaux-populistes", ou encore, plus simplement "réactionnaires".

Lorsqu’elle est employée aujourd’hui dans les discours dits "antifascistes", cette catégorie répulsive de "fascisme" s’avère dénuée de traits distinctifs fixes, et ne fait l’objet que de définitions contextuelles ou occasionnelles liées aux besoins rhétoriques d’un individu ou d’un groupe "antifasciste" engagé dans une polémique. L’élasticité de la notion conduit, dans le discours politique ordinaire, à assimiler "fascisme" et "extrême droite".

Antifascisme sans fascisme

Le dimanche 3 juin 2012, on pouvait lire dans L’Humanité un article enthousiaste titré "Le Front de gauche réussit sa marche contre l’austérité et le fascisme", prouesse réalisée ce même dimanche en présence du candidat Front de gauche aux législatives Jean-Luc Mélenchon à Montigny-en-Gohelle (Pas-de-Calais). On apprenait que le sémillant démagogue issu du trotskisme avait été accueilli aux cris de "Résistance, résistance" par les 3 000 (version policière) ou les 6 000 (version de gauche) "antifascistes" et "anti-austéritaires" présents. Une "marche anti-FN", clarifiait Libération, qui citait les propos d’un admirateur du Lider maximo à la française, le camarade José, ouvrier retraité, communiste depuis trente-huit ans : "C’est le deuxième Georges Marchais. Il a la même gueule quand il parle, le même tempérament. Dans les interviews, c’est du tac au tac." Nul n’a relevé le cocasse de la formule sloganique "contre l’austérité et le fascisme", qui laissait entendre que la société désirable se définissait par la conjonction de l’abondance et de l’antifascisme ayant enfin atteint son objectif final. Stade suprême de la bêtise idéologico-politique, diraient les méchantes langues "de droite".

Ce qu’on appelle encore aujourd’hui "antifascisme" est un antifascisme sans fascisme, donc un pseudo-antifascisme en lutte contre des vestiges, des "revenants", des spectres ou des fantômes. Le thème majeur de la rhétorique néo-antifasciste est celui du "retour" du fascisme, imaginé comme une simple "répétition" ou comme une "renaissance", une "réactivation", un "recyclage", une "récidive" ou une "réinvention". On cherche en conséquence les moindres ressemblances entre les phénomènes politiques "extrémistes" (de droite ou à droite) d’hier et ceux d’aujourd’hui, on invente des récurrences et des analogies historiques, sur fond d’une banalisation de l’imaginaire du pire. L’important est de faire croire à la menace d’une "fascisation" en cours des sociétés contemporaines, une menace "mortelle" impliquant une "fascisation des esprits" – la "lepénisation des esprits" en étant une illustration passagère. Le néo-antifascisme, produit d’un croisement entre l’illusion et la manipulation, et donc l’imposture, se manifeste par divers modes de comportement ritualisés, allant des discours sloganiques de dénonciation à des mobilisations collectives plus ou moins violentes contre "l’ennemi", la terrible "bête immonde" qui ne cesse de "monter", de grimper vers les sommets du pouvoir. Il s’agit pour les propagandistes de transformer cette conviction idéologique en article de foi. En quoi l’on peut voir dans le néo-antifascisme une forme de religion politique ou de gnose moderne.

Le néo-antifascisme a son code langagier, comprenant un lexique (restreint) et une rhétorique (pauvre), dont la fonction est de propager des stéréotypes négatifs sur l’adversaire politique. Il a aussi ses rituels conjuratoires, de style protestataire, jouant principalement sur les passions négatives telles que la peur et la haine. L’indignation politico-morale hyperbolique y joue un rôle moteur. Il s’agit avant tout de faire peur pour faire croire et faire agir le "peuple" ou les "masses" dans le "bon sens de l’histoire", c’est-à-dire contre les "porteurs de haine" qu’il faut impérativement haïr en retour avec bonne conscience. Ce qui structure le néo-antifascisme, c’est la haine éprouvée par "nous" (les "antifascistes") de la haine présumée chez "les autres", les "fascistes", situés "du mauvais côté de l’histoire".

Gauches désemparées

Les gauches et les extrêmes gauches contemporaines, désormais sans projet politique cohérent depuis la fin de l’illusion communiste, sont vouées à faire une grande consommation de postures "antifascistes", qui ont l’avantage de permettre d’étendre jusqu’à la droite libérale et modérée la diabolisation expérimentée avec efficacité face à "l’extrême droite", caractérisation disqualifiante des partis nationalistes – rebaptisés parfois "populistes", "nationaux-populistes" ou "illibéraux". Des essayistes d’extrême gauche accusent par exemple le président Macron d’avoir favorisé la montée du Rassemblement national et d’avoir ainsi "ouvert un boulevard" à "l’extrême droite". Cette opération psychopolitique est légitimée par un grand nombre de travaux universitaires de "science politique" ou de "sociologie" portant sur "l’extrême droite", dus à des auteurs identifiés justement comme "académo-militants" par la sociologue Nathalie Heinich.

Démarxisées malgré elles mais toujours nostalgiques du combat antifasciste d’hier leur permettant de s’inscrire dans l’héritage des "héroïques résistants communistes", ces gauches désemparées, tentées par un écologisme aussi fumeux que radical et un néoféminisme hargneux dont on ne saurait s’inspirer pour élaborer un programme de gouvernement, se soignent par des gargarismes rhétoriques à base d’antifascisme réchauffé. Elles croient ou déclarent voir le fascisme partout. C’est leur manière d’être "progressistes". Il faut cependant noter une nouveauté lexicale liée à cette extension supposée sans frontières du fascisme : l’apparition du mot "fascisation", vraisemblablement construit sur le modèle du mot "racisation", cher aux néo-antiracistes adeptes du modèle du "racisme systémique". Dans leur discours néo-antifasciste, les intellectuels tendent désormais à dénoncer la "fascisation" plutôt que le "fascisme", une "fascisation" polymorphe et multidimensionnelle, supposée d’autant plus dangereuse qu’elle serait subtile, masquée et invisible – comme, précisément, le "racisme symbolique". Il importe donc de voir ce qui se cache derrière le décor trompeur. D’où l’offensive "antifasciste" de ces privilégiés de la démystification que sont les intellectuels engagés, ces extra-lucides de la critique déconstructrice capables d’apercevoir le pire sous ses masques parfois séduisants. De tels démystificateurs interviennent comme des magiciens ou des prestidigitateurs. Mais les foules désertent le spectacle, et vont souvent voir ailleurs. Ce qui devrait inquiéter…

Délation vertueuse

La "fascisation" de l’adversaire s’est à la fois étendue à divers domaines et banalisée en tant que méthode de diabolisation de tout concurrent, rival, contradicteur ou opposant, dans le monde politique et médiatique comme dans le monde culturel et intellectuel. Simples propagandistes sans scrupule de réseaux sociaux ou universitaires connus pour leur activisme narcissique, les acteurs du néo-antifascisme réalisent leur grand désir d’être "du bon côté de l’histoire" en accusant et en dénonçant les individus ou les groupes qu’ils jettent dans les "oubliettes de l’histoire". Ils pratiquent donc, sans états d’âme, la dénonciation calomnieuse et la délation, qu’ils présentent comme les effets d’une obligation morale et politique face à la menace nommée "fascisme" ou "fascisation". Ils ont inventé la délation vertueuse, voire pieuse.

C’est ainsi que sont apparus et que se sont multipliés des documentalistes pressés et des compilateurs brouillons qui, communiant dans le sectarisme et le manichéisme, se sont mis à jouer les indicateurs des polices de la pensée, les professionnels de la délation et les justiciers de médias ou de réseaux sociaux. Ces mercenaires, amateurs ou professionnels, ne cessent en France, depuis les premiers succès électoraux du Front national en 1983-1984, d’arroser la presse d’informations non vérifiées, d’accusations douteuses et de schémas complotistes censés expliquer la "montée de l’extrême droite", corrélée avec le "racisme anti-immigrés" et l’"islamophobie".

La paranoïa routinisée de ces délateurs spécialisés, nombreux dans la presse dite "de gauche" (chaque publication se faisant un devoir de "suivre" et de "dénoncer" les agissements de "l’extrême droite"), se rencontre également dans nombre d’écrits académiques consacrés à "l’extrême droite", où l’on trouve une accumulation de stéréotypes négatifs rabâchés et d’accusations convenues recouvrant quelques timides tentatives d’explication sondologiques, d’une affligeante platitude, du phénomène politique diabolisé. Et ce, dans un contexte où les passions nationalistes déferlent dans le monde, ce qui devrait inciter les observateurs et les chercheurs à s’interroger sérieusement sur les causes du nouveau jeu des nations plutôt que de s’installer dans l’indignation morale, la déploration lacrymale et la dénonciation édifiante, sur le refrain du "retour à" ou du "retour de". Comment ne pas rappeler, en cette époque où les idiots utiles ou inutiles ne cessent de se multiplier pour pontifier et dénoncer en chœur, l’une des plus profondes pensées d’Héraclite : "Nul homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, car, la seconde fois, ce n’est plus le même fleuve, et ce n’est plus le même homme."

Rien de plus dérisoire aujourd’hui que de rabâcher, en exorciste, "le nationalisme, c’est la guerre !" ou "le fascisme ne passera pas", tout en prêchant une fois de plus l’élimination des nations pour réaliser l’utopie de la paix universelle et perpétuelle. Il s’agit d’abord d’expliquer et de comprendre le présent, au lieu de tempêter, de fulminer et de rêver, en empruntant paresseusement des sentiers battus. Que conclure, sinon que la recherche de l’objectivité, le désir d’expliquer et l’honnêteté intellectuelle ne sont pas les choses les mieux partagées dans le monde médiatique, culturel et intellectuel d’aujourd’hui.

*Pierre-André Taguieff, philosophe et historien des idées, est l’auteur de plus d’une cinquantaine d’ouvrages. Dernier livre paru : L’Invention de l’islamo-palestinisme. Jihad mondial contre les juifs et diabolisation d’Israël, Paris, Odile Jacob, 2025.







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