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Июль
2025

Loi Duplomb : "Je suis fille et petite-fille d’agriculteurs, et j’ai peur de l’image que l’on dresse d’eux dans les médias"

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Je suis fille et petite-fille d’agriculteurs, et j’ai peur de l’image que l’on dresse d’eux dans les médias. J’ai peur quand je perçois la lassitude de mon père et de mon grand-père face aux politiques qui ne comprennent pas leurs contraintes de producteurs. Leur résignation ne les incite plus à se battre. S’ils ne le font plus, qui garantira la survie de notre agriculture ? J’ai peur quand, discutant avec des signataires de la pétition contre la loi Duplomb, je comprends qu’ils ne perçoivent pas les conséquences de ces signatures. Comment leur en vouloir?

Distinguer le vrai du faux dans les médias et sur les réseaux quand on ne vient pas de ce milieu n’est pas chose aisée. Qui sait ce qu’il se passe vraiment dans les fermes ? Qui explique les enjeux sous-jacents de cette loi ? J’entends parler de "cohérence" face aux enjeux climatiques. Cette loi serait un retour en arrière pour l’écologie. Mais de quelle cohérence parle-t-on ?

Être cohérent, c’est respecter l’agriculture comme un intérêt fondamental de la nation en permettant aux agriculteurs de continuer à nous nourrir en vivant dignement.

Être cohérent, c’est ouvrir les yeux sur les produits que nous importons massivement et qui sont traités avec les substances que nous interdisons chez nous.

Être cohérent, ce n’est pas écouter les agriculteurs quand ils bloquent nos autoroutes et les dédaigner ensuite.

Être cohérent, c’est donc réautoriser l’utilisation de cette substance dans nos champs, parce que celle-ci sera strictement encadrée et utilisée raisonnablement.

J’ai peur lorsque je vois le fossé toujours plus grand entre les écolos et les paysans, et le dédain réciproque de ces deux camps qui se toisent sans se connaître, alors que les uns ont besoin des autres.

J’ai peur quand je discute avec des amis citadins et que je leur explique que je vais travailler dans un silo céréalier durant l’été : je leur parle d’un monde totalement inconnu. Pourtant, ils ont signé la pétition. Je ne peux que comprendre quand les paysans en ont marre que leur métier soit décidé par des bureaucrates qui n’ont jamais mis un pied dans un champ. La déconnexion est immense, surtout quand ces règles sont imposées depuis Bruxelles.

A mon humble niveau, je veux agir. Les enjeux sont tellement nombreux et imbriqués les uns dans les autres que la question est vertigineuse.

Je suis lasse de constater qu’il n’y a pas de vision claire. Les injonctions sont antinomiques : une agriculture française sans pesticides ne permet pas d’entrer en concurrence avec les grands pays producteurs ; le bio fortement demandé, fut trop peu acheté ; on exige que l’acétamipride ne soit pas utilisée par les agriculteurs, mais que cette molécule soit davantage consommée pour un usage domestique qu’agricole ne pose aucun problème.

Les contradictions sont nombreuses et ne font qu’accentuer le sentiment d’incompréhension des producteurs face aux politiques et aux consommateurs. Si ces derniers sont de plus en plus informés, sont-ils aussi exigeants au moment de payer leurs courses ?

Si c’est la peur qui a initié cette tribune, c’est aussi l’espoir qu’elle serve à porter la voix de l’agriculture qui l’a fait aboutir.

Il est démagogue de s’arrêter à des considérations environnementales dans une discussion autour des enjeux agricoles. Ils sont complexes : indépendance alimentaire, attractivité de la profession, rôle central pour l’entretien de la nature et de notre santé joué par les exploitants.

La loi Duplomb est nécessaire, parce que les produits qui ne peuvent être cultivés sans l’acétamipride sont in fine importés de l’étranger. Les Français ne veulent pas que les noisettes soient produites et traitées sur le sol national, mais acceptent qu’elles le soient en Turquie. On ne le voit pas, donc on ne s’en occupe pas. La France est le premier consommateur de noisettes dans l’Union européenne. La moitié des producteurs français sont au bord du dépôt de bilan.

Cette législation a le mérite de reconnaitre les difficultés auxquelles font face les agriculteurs. On leur impose de produire mieux, moins cher, plus vite. La question centrale est la suivante : quel prix accepte-t-on de payer, et qui va le payer ?

Dans ce contexte géopolitique tendu, est-on vraiment prêt à accepter de dépendre d’un pays exportateur pour se nourrir ?

Je suis fille d’agriculteur, et consommatrice. Je ne veux pas voir le prix de mon alimentation augmenter en fonction des aléas diplomatiques. Je ne veux pas dépendre des autres pour manger. Je veux consommer français, et je veux que les agriculteurs vivent de leur métier. Pour que cela soit possible, il faut cesser de saper l’attractivité de la profession d’agriculteur.

J’aimerais m’installer et reprendre la ferme familiale. J’ai longuement réfléchi à la question, discuté avec les agriculteurs, écouté leurs difficultés et leurs conseils. Tous m’ont déconseillé de m’installer. Parce que "ce n’est pas une vie". Je suis révoltée d’en arriver là.

Cette profession est formidable, parce que les rôles qu’elle joue sont multiples. Elle est à la base de notre autonomie, de l’entretien de nos paysages, de notre culture, de notre gastronomie. Faire partie de tout ça, c’est devenu un rêve impossible.

Je ne peux pas, à 21 ans, accepter d’avoir un revenu qui ne me permettra pas de payer les études de mes enfants, alors que je ne compte pas mes heures. Je ne veux pas accepter de me tuer au travail sans qu’on reconnaisse mes efforts. Je ne veux pas produire la nourriture de ceux qui n’en ont "rien à péter" de ma rentabilité. Surtout, je ne veux pas ressentir le dédain à l’égard de mon travail dont j’entends trop souvent parler autour de moi.

J’ai pensé à me lancer en agriculture biologique, parce que le sens écologique est évident. Comme mes collègues, je suis sensible à la préservation de l’environnement. Comme eux, je voudrais en être actrice. La terre serait mon outil de travail, et je ne crois pas que l’on puisse faire ce métier si l’on n’y est pas attaché. Mais c’est la rentabilité qui est au centre de la question : pas de rentabilité, pas de conversion écologique.

J’aimerais pouvoir me lancer, avoir confiance dans le soutien que m’apporteront les consommateurs qui appellent de leurs vœux un changement de paradigme. Pourtant, aujourd’hui, le marché bio est saturé, parce qu’ils ne peuvent ou ne veulent pas mettre le prix qui correspond à un mode de production plus propre, demandant plus de temps et de main d’œuvre. Je suis réaliste : reprendre l’exploitation n’est pas la meilleure façon d’agir.

J’ai, enfin, l’espoir que la nuance puisse avoir sa place dans ce débat : les agriculteurs ne sont pas des monstres destructeurs de la nature et l’acétamipride n’est pas le Graal qui sauvera la Ferme française. Les producteurs font avec les moyens qu’on leur donne et tentent de satisfaire les exigences des citoyens.

Je ne suis pas anti-écologie. Je suis anti-hypocrisie. Je ne suis pas d’accord avec les signataires de la pétition qui n’ont pas l’honnêteté de mettre en accord leur signature avec leur vie quotidienne, quand ils en auraient les moyens. C’est cette malhonnêteté qui rend malades les paysans.

L’agriculture est un vieux métier qui s’est adapté au fil de l’Histoire. Mais faisons attention à ceux qui nous nourrissent, car sans eux, la nature serait une friche à ciel ouvert. Prenons garde au coût de notre hypocrisie intellectuelle : une nourriture importée a inévitablement un lourd prix environnemental, social et géopolitique. N’attendons pas de dépendre d’un autre pour tenter de faire marche arrière. La meilleure façon de reconnaître le rôle indispensable joué par les producteurs, c’est de faciliter leurs conditions de travail.

Aujourd’hui j’ai peur, et le seul remède que j’ai trouvé pour répondre à cette angoisse, c’est d’écrire pour les agriculteurs.







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