L’intelligence artificielle ne sera pas l’ennemie des historiens, mais leur alliée
Les historiens sont souvent cités parmi les professionnels les plus exposés à l’automatisation par l’intelligence artificielle. Selon une étude de Microsoft, 91 % de leurs tâches pourraient être couvertes par l’IA, et Copilot (l’IA de Microsoft) a répondu correctement à 85 % des requêtes testées (sans connaître le niveau intellectuel des requêtes).
Cette conclusion est prématurée. Le rôle de l’historien ne se limite pas à la collecte ou à la restitution d’informations : il consiste à interpréter, à confronter, à réévaluer les sources. Aux États-Unis, en 2023, on recense environ 3 400 historiens professionnels selon le Bureau of Labor Statistics.
L’histoire a toujours intégré des innovations techniques. Dans les années 1960, la cliométrie a introduit l’analyse statistique dans l’histoire économique, permettant à Douglas North et Robert Fogel de remporter un prix Nobel dans ce domaine trois décennies plus tard. L’IA peut potentiellement jouer un rôle similaire aujourd’hui. C’est grâce à elle par exemple que des historiens ont pu traduire des tablettes cunéiformes datant des premiers siècles de l’Antiquité, permettant de nouvelles découvertes historiques.
L’IA décrypte rapidement, l’humain réfléchit, interprète et entreprend. Le Vesuvius Challenge illustre parfaitement cette complémentarité : en 2024, l’imagerie par rayons X et l’IA ont permis de lire plus de 2 000 caractères inédits sur des papyrus carbonisés d’Herculanum, muets depuis l’éruption du Vésuve de 79. Cette avancée a valu 700 000 dollars de récompense à trois étudiants. Sans l’esprit d’entreprise et le jugement critique des humains, ces découvertes auraient été impossibles.
Le Decrypt Project, qui intègre régulièrement l’IA dans ses recherches, a récemment déchiffré la correspondance secrète de Marie Stuart, reine d’Écosse, durant son emprisonnement en Angleterre. Mais aucune machine ne peut relier ces fragments essentiels d’histoire à l’histoire globale sans l’expertise humaine.
L’IA, comme on le sait, a ses limites et doit encore être largement améliorée. La récente erreur du gouvernement français, qui a publié le 27 mai 2025, journée nationale de la Résistance, une vidéo représentant à tort un soldat… allemand célébrant la Libération, montre à quel point un contrôle critique est nécessaire, sauf à produire des informations erronées, voire dangereuses.
L’intelligence artificielle continuera de progresser mais ne remplacera pas les historiens.
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