L'arrestation d'un agent de la DGSE au Mali, nouvelle étape du bras de fer entre Paris et Bamako
Au Mali, plusieurs interpellations ont eu lieu dans le cadre d’une vaste purge menée depuis le début du mois d’août. Parmi les personnes ciblées : des hauts gradés maliens, mais aussi le Français Yann V, agent de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE), arrêté le 14 août à Bamako.
Affecté à l’ambassade de France, et dûment déclaré comme officier de renseignement auprès des autorités locales, Yann V. a été placé en détention en violation de son immunité diplomatique, a rapporté le journal Jeune Afrique, mercredi 20 août. L’espion est soupçonné par les autorités maliennes d’avoir "mobilisé des responsables politiques, des acteurs de la société civile et des militaires, dont les généraux de brigade Abass Dembélé et Nema Sagara", dans le cadre d’une présumée conspiration.
Le ministère français des Affaires étrangères a réagi à cette arrestation le samedi 16 août, déclarant que l’accusation de tentative de déstabilisation des institutions était "sans fondement". "Un dialogue est en cours (avec les autorités maliennes) afin de dissiper tout malentendu" et obtenir la "libération sans délai" de ce membre de l’ambassade de France à Bamako, avait ajouté le Quai d’Orsay.
Violation de l’immunité diplomatique
L’homme de la DGSE était présent sur le sol malien sous sa véritable identité et accrédité comme agent diplomatique français. A ce titre, il bénéficie de l’immunité diplomatique réglementée par la convention de Vienne de 1961, ratifiée par le Mali depuis 1968. Celle-ci interdit notamment toute arrestation ou détention dans un pays tiers, ainsi que la divulgation de l’identité des diplomates. Affecté à l’ambassade de France en qualité de deuxième secrétaire, ce militaire de carrière était en poste depuis un an, précise Le Monde. Les autorités maliennes ont dévoilé son visage et diffusé son nom complet, en totale violation de la réglementation internationale.
Selon Jeune Afrique, l’intéressé n’avait reçu, jusqu’au mercredi 20 août au soir, aucune visite dite "consulaire", à savoir d’un membre de l’ambassade ou d’un représentant officiel. Le ministère français des Affaires étrangères a souligné que Yann V. bénéficie du "statut de la convention de Vienne régissant les relations diplomatiques", et demande donc sa libération "en application de cette convention". Cette dernière garantie aussi une protection physique absolue et les autorités maliennes ne pouvaient, à leur gré, le déclarer persona non grata et demander son expulsion.
L’agent de la DGSE se chargeait notamment de la coordination avec ses homologues maliens en matière de contre-terrorisme, "un domaine où, malgré les tensions politiques, la coopération est restée active", rappelle une source du Figaro. Il serait détenu depuis le 16 août pour être interrogée par la Sécurité d’Etat (SE), les services secrets maliens. Une dizaine d’officiers et de hauts gradés maliens ont également été arrêtés au cours de l’opération, accusés d’avoir fomenté un coup d’Etat.
Une série d’arrestations
La junte malienne - dirigée par le président Assimi Goïta et elle-même arrivée au pouvoir grâce à deux coups d’Etat en 2020 et 2021 - avait effectivement annoncé le 13 août "l’arrestation d’un groupuscule d’éléments marginaux des forces armées de sécurité maliennes", qui cherchait, selon elle, à "déstabiliser les institutions de la République" avec "l’aide d’Etats étrangers". Ainsi, au sein du ministère des Affaires étrangères français, on estimait ce jeudi que l’arrestation de Yann V. pourrait avoir été un moyen pour le pouvoir malien "de faire accepter une purge visant des officiers populaires au sein de l’armée", rapporte Le Monde.
L’interpellation a lieu dans un contexte de tensions croissantes entre la France et les pays du Sahel. Ces derniers, après une série de coups d’Etat militaires, se sont de plus en plus éloignés de l’ancienne puissance coloniale. Mais, en dépit des tensions politiques existant notamment entre Paris et Bamako après la précédente expulsion de l’ambassadeur de France à Bamako, Joël Meyer, début 2022, les deux pays avaient poursuivi un dialogue sur le terrain sécuritaire, souligne Le Monde.
Ce pays d’Afrique de l’Ouest, coutumier des troubles politiques, est dirigé par des militaires dans un contexte de restrictions sévères des libertés par la junte et de violences djihadistes meurtrières sur le territoire.
