Aurillac : ce que l’on sait des violences qui ont éclaté en marge du festival
Jets de pierre, barricades et feux de poubelles : des violences ont éclaté à Aurillac dans la nuit du mercredi 20 au jeudi 21 août, au premier jour du festival de théâtre de rue, faisant huit blessés parmi les forces de l’ordre. Jeudi soir, deux compagnies de CRS 83, spécialisée dans les émeutes, ont été envoyées en renfort des trois compagnies déjà sur place pour que le festival puisse se poursuivre dans le calme.
Qu’est-ce qui a déclenché les heurts ?
Mercredi soir, en marge d’une "interpellation en flagrant délit", des "groupes d’individus hostiles" parfois masqués et cagoulés s’en sont pris aux forces de l’ordre, a indiqué la préfecture du Cantal dans un communiqué. Selon les témoignages recueillis sur place par un correspondant de l’AFP, la tension est montée après l’arrestation d’un individu ayant tagué la devanture d’une banque. Vers 23h30, un groupe de personnes s’est alors opposé aux forces de l’ordre sur une place du centre-ville, s’en prenant à des abribus et des commerces, lançant des projectiles sur les CRS, allumant des feux de poubelles, a constaté ce correspondant.
"On est clairement dans un groupement qui s’est formé de manière temporaire pour casser", a indiqué la procureure de la République d’Aurillac Sandrine Delorme. Les émeutiers s’en sont également pris à l’enceinte du palais de justice contre laquelle ils ont jeté des pavés, selon elle.
Que s’est-il passé durant l’affrontement ?
Selon une source policière, le groupe d’émeutiers était constitué de 300 personnes, dont une soixantaine cagoulés ou masqués qui ont descellé les pavés pour les jeter vers les forces de l’ordre. La préfecture a estimé que ce nombre était plus modeste, sans plus de précisions. Les CRS ont répliqué avec des gaz lacrymogènes, finissant par repousser les groupes les plus virulents vers les rues adjacentes dans la nuit, les affrontements s’étant achevés vers 03h30 selon une source policière.
Quel est le bilan des blessés et des dégâts ?
Huit policiers ont été légèrement blessés mercredi soir, a annoncé lors d’une conférence de presse le préfet du Cantal Philippe Loos, mais aucun des milliers de festivaliers présents dans le centre-ville. Aucune interpellation ni garde à vue n’a eu lieu pour l’heure, a ajouté Sandrine Delorme, précisant qu’une enquête était en cours pour identifier les auteurs des violences.
???? Vitres brisées, commerces dévastés, abribus détruits, incendies en pleine rue : voilà le “spectacle” laissé à Aurillac. On ose appeler ça de la culture ? C’est du vandalisme pur et simple, payé par nos impôts et subi par les habitants. #Aurillac #Violences #festivalaurillac pic.twitter.com/MTQRdfKFXH
— Thierry Gibert (@ThierryGibert) August 21, 2025
Le bilan provisoire "fait état de dégradations sur une dizaine de vitrines de commerces et sur du mobilier urbain", a précisé la préfecture, évoquant par ailleurs "plusieurs départs d’incendie de poubelles, maîtrisés par les sapeurs-pompiers protégés par les forces de l’ordre". Le maire d’Aurillac Pierre Mathonier (PS) a estimé les dégâts sur la voie publique entre 20 000 et 30 000 euros. Plusieurs enseignes ont également vu leur devanture brisée.
Quelles ont été les réactions ?
"Ces violences n’ont rien à voir avec notre projet, qu’il soit artistique, culturel ou social" et le festival en est la "victime", a assuré Frédéric Rémy, directeur du festival. Le festival international du théâtre de rue accueille 3 000 artistes et environ 180 000 spectateurs jusqu’à samedi pour sa 38e édition. Jeudi, au lendemain des affrontements, la soirée s’est néanmoins déroulée dans le calme. Dès 21 heures, de nombreux policiers étaient observés entre les festivaliers, qui poursuivaient leur rendez-vous. Ces renforts resteront déployés dans la ville jusqu’à dimanche, au lendemain de la fin du festival.
"Ce n’est pas normal d’utiliser ce festival comme support de revendications politiques radicales inadmissibles", a quant à lui déclaré devant la presse le maire d’Aurillac Pierre Mathonier, affichant sa volonté que "ce festival se poursuive". Il a partagé son "traumatisme important" face au comportement "d’individus sans scrupule qui ont profité de ce festival pour porter un message anarchiste sur le territoire". "On ne peut pas laisser ces black blocs aux discours anarchistes casser notre ville et notre festival", a-t-il ajouté, rappelant que ce dernier a déjà été touché à plusieurs reprises par des casseurs lors de précédentes éditions.
Que s’est-il passé il y a deux ans durant le festival ?
En 2023, en marge du festival et à l’issue d’une manifestation de soutien à une femme poursuivie en justice pour "exhibition sexuelle" après s’être promenée seins nus, des dégradations avaient été commises par des manifestants. Des drapeaux français avaient été décrochés, des individus s’étaient introduits dans le tribunal et avaient dégradé la salle des pas perdus, un début d’incendie avait été rapidement circonscrit. Alors garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti s’était rendu sur place et avait estimé à 250 000 euros les dégradations commises.
