7 contre-vérités sur l’éducation : en finir avec les lubies des pédagogues
« Le numérique, y a qu’ça de vrai ! » ; « Non, au contraire, il faut supprimer les écrans des classes » ; « Plus de maths pour les filles ! » ; « De l’éducation à la vie affective dès la maternelle ! » ; « Hors les groupes de niveaux, point de salut ! » ; « « Des uniformes, vite ! »… Les élèves des années 2020 sont les proies innocentes de toutes les fantaisies gouvernementales.
Au gré des ministres, tout change, les programmes, les méthodes, les modes d’évaluation, mais rien ne sauve l’école de la faillite. La catastrophe est si manifeste qu’on est prêt à laisser le champ libre à tous les Diafoirus qui se présentent pour tenter de préserver ce qui reste. Ceux-ci continuent de saccager sans vergogne une institution déjà moribonde. Cynisme ou aveuglement ? Les deux se mêlent sans doute. Le résultat est le sacrifice de générations entières de jeunes gens, qui, comme le prédisait déjà Marc Le Bris en 2004, ne sauront ni lire ni compter.*
Au milieu de ce tumulte, j’ai eu le plaisir de tomber sur un petit livre salutaire, une perle d’intelligence et de lucidité : 7 contre-vérités sur l’Education, traduit en français et publié par la Librairie des écoles. Il est d’abord paru au Royaume-Uni sous le titre Seven Myths about education et a provoqué un véritable séisme outre-Manche.** Vous allez vite comprendre pourquoi.
Son auteure, Daisy Christodoulou, enseignante et brillante jeune femme, gagnante du célèbre «University Challenge», jeu télévisé dans lequel s’affrontent des universités rivales, s’y emploie à démonter méthodiquement toutes les lubies de la pédagogie contemporaine. Elle explique humblement avoir tenté de mettre en œuvre les conseils que les mandarins de l’éducation donnaient aux enseignants en formation, mais elle a très vite constaté qu’elles n’engendraient que l’échec, la déception, voire le dégoût de ses élèves. Rien de ce qu’on lui avait appris ne fonctionnait. Elle s’est alors résolue à prendre le contrepied de ces belles idées en plaçant enfin les connaissances et la discipline au cœur de son enseignement. Les élèves changèrent immédiatement d’attitude et leurs résultats progressèrent de manière spectaculaire. Il fallait donc tout simplement faire le contraire de ce que la doxa pédagogique imposait.
Quelles sont les marottes des formateurs d’aujourd’hui ? Vous les retrouverez en têtes de chapitres : « Ils pourront toujours faire une recherche sur internet », « Transmettre des connaissances, c’est endoctriner les élèves », « Comprendre, c’est plus important que connaître » « Le XXIe siècle rend obsolètes les vieilles méthodes d’enseignement »… Ces affirmations sembleront saugrenues à tout individu doué de bon sens. Elles constituent pourtant l’essentiel du discours véhiculé quotidiennement dans les centres de formation en France, comme au Royaume-Uni.***
En 169 pages bien ficelées, Daisy Christodoulou observe les effets de la mise en pratique dans les classes de chacune des contre-vérités qu’elle critique. Elle se penche ensuite sur ses bases théoriques, l’idéologie qui la sous-tend, avant d’exposer avec brio, et en s’appuyant sur les derniers développements des sciences cognitives, les raisons pour lesquelles cette idéologie nuit terriblement aux élèves. Elle réhabilite le savoir et les connaissances, délaissés au profit des compétences et de la « pédagogie de projets ». Les découvertes récentes sur le fonctionnement du cerveau et de la mémoire montrent en effet que les compétences sont subordonnées aux connaissances. Le tout n’est pas dénué d’humour, rédigé dans une langue simple et claire, complété d’une riche bibliographie et étayé de nombreux exemples. Et s’il a déjà quelques années, il est hélas encore terriblement d’actualité.
A l’heure où le navire Education nationale sombre, ce petit ouvrage subversif est une œuvre de salut public. Il devrait être distribué discrètement dans les couloirs des instituts de formations des professeurs, avant que le lavage des cerveaux auxquels ils sont destinés n’ait pu produire ses effets.
*Vos enfants ne sauront ni lire ni compter, Marc Le Bris
**« L’un des livres les plus discutés ces vingt dernières années en matière d’éducation. »
(The Guardian)
*** en France, ces centres s’appellent Inspé (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) depuis 2019.
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