La démocratie menacée par la violence
La violence n’est certes pas un phénomène nouveau, y compris dans les démocraties. Cependant, elle est maintenant attisée, en France, par l’emprise grandissante d’idéologies meurtrières et par la faiblesse d’un Etat qui a renoncé à ses fonctions premières.
Les manifestations du 10 septembre n’ont pas rassemblé des foules considérables. Le ministère de l’Intérieur a évalué à moins de 200 000 le nombre de manifestants, un étiage inférieur à la plupart des grands raouts sociaux de ces dernières années. Mais les black blocs y étaient présents et la violence qui s’y est manifestée se serait déchaînée sans les interventions immédiates et efficaces des forces de l’ordre. Cette violence est aussi individuelle et quotidienne dans des attentats à l’arme blanche ou autrement. Elle est sans limite dans l’attaque mortelle au couteau d’un homme en fauteuil roulant à Lyon ce même 10 septembre. Elle est au cœur de toutes les démocraties et notamment aux Etats-Unis où a été tué Charlie Kirk d’un coup de fusil sur un campus étudiant.
La fin ne justifie pas les moyens des « blocontouts »
Bien entendu chacun a le droit de manifester, mais personne n’a le droit d’agresser les autres. Certains manifestants du mouvement « bloquons tout » sont venus vider leur exaspération d’un monde politique en déshérence. On y a pourtant vu moins de « travailleurs » que de jeunes en quête d’excitation, et de chômeurs en peine d’occupation. Leur rassemblement n’était pas prévu un samedi, comme le faisaient les Gilets jaunes, mais un jour de semaine, donc de travail ! Ils auraient été sans doute moins nombreux si la présence au lycée ou à l’université était plus exigeante et si le chômage était moins important : au 2e trimestre 2025, en France hors Mayotte, 6 353 400 personnes étaient inscrites à France Travail (catégories A, B, C, D, E), soit 20 % de la population active.
Mais ces « blocontouts » ont surtout été instrumentalisés par les spécialistes LFI de l’agit’prop, l’agitation-propagande chère à tous les révolutionnaires. Ainsi certains députés d’extrême gauche sont venus chercher les jeunes à la porte de leurs lycées pour les faire défiler ou pour affronter les « flics » quand d’autres militants se sont glissés dans les assemblées générales des contestataires. Mélenchon a voulu, sans réel succès, s’emparer du mouvement en soufflant sur ses braises tout en dissimulant, sans plus de succès, qu’il avait lui-même allumé l’incendie. Et les black blocs enfermés dans leur fureur dévastatrice sont peut-être eux-mêmes manipulés par les cracheurs de feu trotskystes.
La Révolution justifie la violence en se persuadant qu’elle défend le Bien et qu’en son nom, elle doit faire feu de tous les moyens car pour elle, et à tort, la fin justifie les moyens. Ainsi, Simone de Beauvoir donnait du sens à l’assassinat d’opposants politiques par le régime stalinien en considérant qu’il s’agissait « de maintenir un régime qui apporte à une immense masse d’hommes une amélioration de leur sort »[1] ! Et pareillement l’extrême gauche propage aujourd’hui l’idée que la brutalité du capitalisme – qui réunit pour elle sans distinction la droite, les entrepreneurs, les riches… – est si forte que toute violence à son encontre en est disculpée par principe.
Le fusil, c’est tout
En réalité, la violence a toujours existé et a toujours menacé les sociétés démocratiques dans lesquelles elle a eu la liberté de se développer. Le terrorisme anarchiste tuait sans compter au début du XXème siècle et les Brigades rouges propageaient la terreur au lendemain de mai 68. Les islamistes qui assassinent peuvent puiser leurs justifications dans le wahhabisme saoudien ou chez les Frères musulman. Oussama Ben Laden ne se cachait pas de vouloir une guerre totale contre l’Occident : « Le Jihad doit continuer jusqu’à ce qu’un gouvernement islamique gouverne selon la loi révélée » et l’un de ses proches, Abdallah Azzam, était plus direct encore : « Le Jihad, le fusil et c’est tout. Pas de négociation, pas de conférence, pas de dialogue ». L’extrême gauche qui défend sans faiblir l’islam jusque dans ses extrémités entretient ce climat de haine qui a conduit sans doute à agir Tyler Robinson, le jeune meurtrier de Charlie Kirk, sur les cartouches duquel on a retrouvé des inscriptions du genre « Hé fasciste ! Attrape ! ».
Pourtant, si Charlie Kirk était un fan de Trump, il s’était voué à un travail de dialogue en allant sur les campus pour débattre avec ses opposants et essayer de les convaincre pacifiquement. Mais la gauche préfère traiter ses adversaires de fascistes pour ne pas avoir à risquer de perdre pied dans le débat avec eux.
La violence verbale entretient toutes les autres violences, elle y habitue, elle les banalise. Le monde politique a succombé à ces avalanches injurieuses, de Trump, qui ne cesse de mépriser grossièrement ses adversaires en les affublant de noms d’oiseaux, à Mélenchon, qui épure son parti dans le sang médiatique (Raquel Garrido, Alexis Corbière, Clémentine Autain, François Ruffin, Danielle Simonet…) et écrivait à Marine Tondelier, qui disait regretter les querelles intestines de la gauche : « Je vais te mettre la dose que tu mérites ».
Le wokisme a largement contribué à cet excès en voulant déconstruire tout le réel au profit de son idéologie et en diffusant la haine de soi autant que celle des valeurs occidentales. Mais nos démocraties sont responsables aussi de leurs propres faiblesses et notamment en France où l’Etat s’est accaparé le contrôle de l’éducation et de tous les secteurs dits « sociaux » pour des résultats plus que médiocres (baisse du niveau scolaire, hausse de la pauvreté…) à un prix exorbitant qui épuise ses ressources et l’empêche de disposer des moyens nécessaires pour assurer ses missions premières qui consistent à garantir à tous sécurité et liberté.
Tout est lié car l’Etat providence appauvrit et déresponsabilise les individus qui deviennent les proies faciles des idéologies délétères. Il est temps de rétablir une société ouverte, un état de droit et un Etat limité dans le cadre desquels chacun pourra, autant que possible, retrouver la maîtrise de sa vie.
[1] Cf. l’ouvrage de Samuel Fitoussi Pourquoi les intellectuels se trompent, L’Observatoire, mai 2025.
Illustration de couverture, capture d’écran ©YouTube
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