Voitures électriques : équiper les copropriétés, le nouvel enjeu de la recharge
Un vent mauvais souffle à Bruxelles sur l’interdiction des voitures thermiques à l’horizon 2025, mesure phare du Pacte Vert cher à Ursula von der Leyen. Depuis la rentrée une petite musique monte, jouée par certains représentants des constructeurs et équipementiers dans un marché particulièrement morose. Rien qu’en France, il a chuté d’un peu moins de 8 % sur les six premiers mois de l’année. Entre rétropédalages (abandon des ZFE) et instabilité politiques (les ménages épargnent davantage et repoussent leur achat) nous souffrons, comme souvent, de circonstances aggravantes (voir ci-dessous). L’électrique, lui, peine toujours à s’imposer, voire avec 17,6 % de part de marché, stagne. Et ce ne sont pas les constructeurs européens qui vont en profiter, mais les Chinois. Voyant leur propre marché en surchauffe, ils continuent de nous inonder. Et à chaque fois nous avons un train de retard : l’Europe met en place des mesures pour favoriser localement ses constructeurs ? Ils créent des usines sur le vieux continent. L’hybride échappe à ces mesures ? Ils s’engouffrent dans la brèche (leurs ventes ont augmenté de 223 % depuis 2023) qui aujourd’hui représente plus de la moitié du marché automobile français. Résultat, c’est la soupe à la grimace côté constructeurs.
Alors que la France peut se targuer de posséder le réseau de recharges électriques le plus important d’Europe, elle doit désormais s’attaquer à la densification de celui des copropriétés. Seules 4,26 % d’entre elles sont pourvues de prises. Pourtant, une loi vieille de dix ans leur impose, au moment de la construction, de pré-équiper en réseau de câblage les places de parking dès lors qu’elles en prévoient plus de dix. Cette obligation a été étendue aux anciennes résidences qui se lancent dans un projet de rénovation dont le coût dépasse 25 % de la valeur du bâtiment.
Un droit à la prise qui vire à l’imbroglio administratif
Conçu administrativement comme une simplification, le "droit à la prise" permet à un foyer de se passer de l’accord des autres propriétaires mais, dans les faits, se transforme vite en un chemin labyrinthique. Il implique la demande d’un devis à un installateur agréé, de fournir le plan technique ainsi que le schéma de raccordement au propriétaire (pour les locataires), d’informer le syndic par lettre recommandée - lequel peut s’y opposer dans les trois mois -, puis de présenter le projet en assemblée générale pour information. Enfin, il convient de mettre en relation son syndic et ses prestataires qui conviendront d’une convention définissant les conditions d’intervention… "Il peut ainsi se passer un an, voire deux, entre les démarches fastidieuses et la réalisation des travaux, prévient Zineb Essahli, directrice de la Stratégie et de la Transformation de G7. Surtout, l’intégralité des coûts incombe au demandeur". Cerise sur le gâteau : si l’emplacement est partagé, le "droit à la prise" ne s’applique pas.
Soucieuse d’accélérer le verdissement de sa flotte, lancée dès 2007 en Europe, la compagnie de taxis a décidé d’aider ses chauffeurs dans la jungle administrative, financière et fiscale. En cinq ans, la part des véhicules électrifiés est passée de 40 % à 95 %, essentiellement des hybrides. "L’offre en pure électrique se limitait à des citadines et des SUV dont l’autonomie ne répondait pas à l’usage d’un taxi qui effectue 300 kilomètres par jour en moyenne et perdait 20 % de sa capacité avec la mise en marche du chauffage ou de la climatisation, rappelle Zineb Essahli. Aujourd’hui, des berlines arrivent sur le marché avec des performances appréciables et le confort d’un véhicule plus silencieux, générant moins de vibrations, avec des accélérations et des freinages plus doux". Sans compter, un budget d’entretien plus léger, sans longue immobilisation mécanique qui grève la rentabilité de la journée. D’où le nouvel objectif fixé par la direction d’atteindre 30 % de "wattures" en 2030. Reste un frein, celui de la recharge à domicile.
Former les chausseurs de taxis
"Nos chauffeurs sont tous des artisans. L’équation économique devient valable s’ils se branchent chez eux. Dans ce cas, ils économisent 300 euros par rapport au carburant d’une version thermique. Si 45 % d’entre eux possèdent un garage, 45 % résident en logement collectif, les 10 % restant stationnent dans la rue", précise Zineb Essahli. G7 a donc formé des téléconseillers qui appellent les conducteurs deux ans avant le délai de renouvellement de leur voiture, établi à cinq ans, pour les orienter dans leurs démarches, leur fournir des guides afin d’anticiper l’information aux syndics et aux assemblées générales ainsi que toutes les lettres types nécessaires, les diriger vers les prestataires partenaires tels Logivolt, Waat ou Enedis qui avancent les dépenses. Depuis la mi-avril, 120 affilés sont accompagnés par un chabot pour trier la dizaine de configurations différentes, les aides éligibles selon les cas, les crédits d’impôt à reporter sur les déclarations fiscales… Une initiative bienvenue pour sortir du dédale.
