Face aux politiques, la cote d’amour inédite des patrons
La nature a horreur du vide. Face au spectacle désolant offert depuis des mois sur les bancs de l’Assemblée nationale, les chefs d’entreprise bénéficient d’une cote d’amour inédite. Après l’hôpital (81 %), l’armée (80 %) et l’école (70 %), les Français accordent à 69 % leur confiance aux patrons de TPE et de PME, d’après une enquête de l’Ifop réalisée les 7 et 8 octobre.
Les dirigeants de start-up (50 %) et de grandes entreprises (43 %) arrivent un cran en dessous. Mais loin devant les députés et les sénateurs, crédités d’un maigre 18 %. "C’est une victoire par forfait : les responsables politiques nationaux ne parlent plus au pays, ils traversent une forme d’éclipse, analyse Frédéric Dabi, directeur général Opinion de l’Ifop. Ce qui est plus étonnant, c’est le consensus que l’on voit émerger autour de la figure de l’entrepreneur : il n’y a quasiment plus de clivage droite/gauche." De fait, si 87 % des électeurs d’Emmanuel Macron au 1er tour de la dernière présidentielle s’entichent des petits patrons, ceux de Jean-Luc Mélenchon (67 %) et de Marine Le Pen (68 %) ne sont pas en reste.
Au service de l'intérêt général
Loués pour leur pragmatisme et leur proximité, les chefs d’entreprise sont invités à sauter le pas : 71 % des Français souhaitent qu’ils s’engagent davantage en politique, à l’occasion des législatives (69 %) et plus encore des municipales (77 %). Mais pour mettre leur efficacité au service de l’intérêt général (66 %), pas pour défendre une approche entrepreneuriale dans la gestion publique (17 %). Un bémol à la petite musique, souvent entonnée dans les sphères patronales, selon laquelle "L’Etat doit être géré comme une entreprise".
La nomination surprise de Serge Papin, l’ancien PDG du groupement coopératif Système U, dans le gouvernement Lecornu 2 s’inscrit clairement dans "cette extension des attentes vis-à-vis de la société civile", relève Frédéric Dabi. De même que la candidature à la mairie de Lyon de l’homme d’affaires Jean-Michel Aulas, ou celle, à Bordeaux, de l’économiste Philippe Dessertine. "L’opinion publique a évolué, elle ne voit plus seulement l’entreprise comme le lieu du profit mais comme l’endroit où l’on fabrique de la croissance et de la valeur ajoutée, estime Hervé Novelli. Sans elle, rien ne fonctionne. On l’a bien vu pendant le Covid, quand toute l’activité s’est arrêtée net."
L’ancien secrétaire d’Etat au Commerce et aux PME, père du statut d’auto-entrepreneur, vient de créer une association, le Cercle des entrepreneurs engagés, adossée à une charte, pour porter collectivement la voix du secteur privé dans le débat public. "La discussion budgétaire qui s’ouvre va donner lieu à un festival de taxes sur les entreprises. Faute de recours au 49.3, le pire est à craindre", s’inquiète l’ex-élu UMP, qui entend fédérer autour de ce cercle des dirigeants susceptibles de relayer des messages forts, à côté des organisations traditionnelles, en s’appuyant sur une série d’enquêtes commandées à l’Ifop. Avec un objectif : "Frapper tous ensemble sur le même clou."
