Seïf el-Islam Kadhafi, assassiné en Libye, était une figure de conciliation entre les deux Libyes
Seïf el-Islam Kadhafi a été assassiné le 3 février par une milice armée, dans des circonstances encore floues, alors qu’il vivait sous protection tribale dans l’ouest libyen. Sa mort brutale, sur fond d’insécurité chronique et de rivalités armées persistantes, a immédiatement ravivé les fractures politiques du pays.
Deuxième fils de Mouammar Kadhafi, Seïf el-Islam a longtemps incarné le visage réformateur du gouvernement avant sa chute. Formé à Tripoli puis à Londres, où il obtient un doctorat, il s’impose dans les années 2000 comme l’artisan d’une ouverture contrôlée : libéralisation partielle de l’économie, normalisation avec l’Occident, libération de prisonniers politiques et discours sur l’État de droit. À travers la Fondation Kadhafi pour le développement, il cherche à moderniser l’image du pouvoir tout en restant fidèle à l’idéologie de la Jamahiriya, mêlant nationalisme, souveraineté populaire et rejet des ingérences étrangères.
Une figure de compromis
Lors du soulèvement de 2011, il choisit de défendre le gouvernement, devenant l’un de ses porte-voix les plus fermes. Capturé après la chute de Tripoli, détenu à Zintan, puis condamné à mort par contumace par une juridiction de Tripoli, il reste au cœur d’un bras de fer judiciaire avec la Cour pénale internationale. Libéré en 2017 dans le cadre d’une amnistie, il disparaît ensuite de la scène publique.
Son retour politique en 2021, avec sa candidature annoncée à l’élection présidentielle, lui redonne une place centrale. Pour ses partisans, Seïf el-Islam incarnait une continuité étatique face au chaos post-2011 et une possible réconciliation entre l’Est et l’Ouest libyens. Il s’adressait aux tribus marginalisées, aux nostalgiques de l’ancien État et à une jeunesse épuisée par la guerre et la fragmentation institutionnelle. Son discours mettait en avant l’unité nationale, la restauration de la souveraineté et la fin des tutelles étrangères.
Figure profondément clivante, Seïf el-Islam symbolisait une Libye écartelée entre mémoire autoritaire et aspiration à la stabilité. Son assassinat prive le pays d’un acteur controversé, mais aussi, pour certains, d’une rare option de compromis politique.
