Handicap mental: un faux scrutin avant de voter pour de vrai
"A voté!" Dimitri, qui vit en foyer et travaille en ESAT (établissement ou service d'aide par le travail), vient de glisser un bulletin dans l'urne. "C'est la première fois que je fais un entraînement de vote. Et franchement, c'est hyper sympa".
Comme une soixantaine d'autres personnes, il participe à une mise en situation organisée dans un centre social de Saint-Dié-des-Vosges par l'association Adapei 88, en partenariat avec la ville.
Après avoir présenté une carte d'électeur fictive, sélectionné plusieurs bulletins, fait son choix dans l'isoloir et émargé, Dimitri réalise que "c'est pas compliqué".
A 31 ans, c'est pourtant la première fois qu'il se retrouve en situation de voter, même si c'est "pour de faux". "Je ne savais pas que j'avais le droit. Mais on m'a dit +si, si, vous avez le droit d'aller voter+", témoigne le trentenaire.
Florence, 43 ans, sous tutelle, explique qu'elle n'est pas inscrite sur les listes électorales.
"Même si vous êtes sous tutelle, vous pouvez voter, avant vous n'aviez pas ce droit mais maintenant si", lui explique Audrey Lahure, chargée de mission accessibilité à l'Adapei 88.
"Il faudra vous inscrire parce que l'année prochaine, on vote pour le président", l'encourage-t-elle.
"Un peu galéré"
Depuis la loi du 25 mars 2019, des milliers de personnes porteuses d'un handicap mental ont récupéré le droit de vote dont elles avaient longtemps été privées.
"On se rend compte que beaucoup pensent encore ne pas avoir ce droit", explique Audrey Lahure, soulignant l'intérêt de "faire un exercice, mais aussi d'en parler".
Cette mise en situation permet de se familiariser avec les différentes étapes du vote, qui ne sont pas évidentes pour tous.
"Certains ont des difficultés d'accès à la lecture, donc pouvoir faire le choix du bon bulletin de vote à glisser dans l'enveloppe, ça peut mettre en difficulté car les bulletins se ressemblent tous", expose Audrey Lahure.
Pour Vladimir, 20 ans, pas évident d'insérer un bulletin dans l'enveloppe: "j'ai un peu galéré, j'ai un peu de mal avec la motricité. Mon éducatrice m'a aidé".
S'il n'est pas sûr de se rendre aux urnes les 15 et 22 mars - "je n'ai pas trop envie" -, le jeune homme a voulu "faire l'expérience" et s'en félicite: "je suis fier de moi, j'ai réussi à voter".
Venu avec un groupe de sept résidents d'un foyer, Cyrille Cirocco, éducateur spécialisé, raconte le travail de sensibilisation effectué en amont: "On leur a expliqué en quoi ça consistait, quel était l'enjeu du vote" et 15 personnes sur 26 ont souhaité participé à la mise en situation.
Le but, c'est que "lorsqu'elles arrivent le jour J pour le vote, elles aient déjà des points de repère clairs, qu'elles connaissent le déroulement, les différentes étapes pour aller voter. Qu'elles sachent, par exemple, qu'on prend au moins deux bulletins de vote".
Dans le cadre de cet exercice, les apprentis électeurs ont le choix entre des listes fantaisistes conduites par l'acteur Omar Sy ou encore le footballeur Olivier Giroud. Mais pour les élections municipales, il leur faudra départager les candidats de leur ville.
Cyrille Cirocco s'est efforcé de rendre leurs programmes "faciles à lire et à comprendre, c'est-à-dire qu'on reprend chaque idée-phare du programme dans une phrase courte, qui contient une seule idée, et à laquelle on associe une image."
S'inscrire sur les listes électorales, comprendre les programmes, savoir comment voter: l'exercice du droit de vote peut s'avérer complexe.
Audrey Lahure plaide pour que les candidats réalisent des versions faciles à lire et à comprendre de leurs professions de foi, comme c'est déjà le cas pour l'élection présidentielle.
"Pour les élections municipales, ce n'est pas une obligation de simplifier les programmes et ça serait bien que ça en devienne une parce que finalement, les municipales c'est quand même ce qui nous touche au plus près".
