Municipales: Philippe Dessertine, l'inattendu trouble-fête bordelais
"Merci d'être si nombreux, il se passe quelque chose à Bordeaux", avait lancé lundi soir cet universitaire habitué des plateaux télévisés devant un millier de personnes, à la moyenne d'âge avancée, venues l'écouter dans un théâtre.
Celui qui annonce sa victoire depuis qu'il s'est déclaré candidat, mi-septembre, est crédité de 15% des intentions de vote par une étude Ifop publiée mercredi soir par Sud Ouest, LCI et Sud Radio, contre 33% à Pierre Hurmic et 25% à Thomas Cazenave.
Par rapport à un sondage OpinionWay en novembre, il gagne trois points quand l'ex-ministre macroniste en perd un et que la députée européenne Julie Rechagneux (RN) recule de 12 à 7%.
Candidat "sans étiquette" qui érige la "protection des habitants" en priorité, Philippe Dessertine séduit principalement à droite et à l'extrême droite: parmi les personnes interrogées, il rassemble 37% de celles ayant voté pour Valérie Pécresse au premier tour de la présidentielle 2022, 22% des partisans de Marine Le Pen et 35% de l'électorat zemmouriste.
"Détermination"
Entré en campagne quand Thomas Cazenave bataillait encore avec Nathalie Delattre, présidente du Parti radical, pour mener la liste d'union de la droite et du centre, le sexagénaire séduit aussi 35% des électeurs de Nicolas Florian, feu le dauphin de l'ancien maire LR Alain Juppé, battu par Pierre Hurmic en 2020.
Philippe Dessertine, novice en campagne mais dont l'épouse a longtemps fait partie de l'équipe Juppé, accueille ce sondage "avec détermination".
"Je suis le candidat qui progresse le plus fortement dans les intentions de vote (...) Je vais donc poursuivre ma campagne de rassemblement pour battre le maire sortant", assure ce docteur en gestion dont les tracts présentent plus d'une similitude - insécurité, propreté, éclairage public, etc. - avec ceux de Thomas Cazenave.
Après l'étude OpinionWay déjà, l'outsider avait assuré se maintenir au second tour "quoi qu'il advienne".
L'élu Renaissance, qui se disait prêt, vendredi, à "ouvrir une discussion" avec son rival en cas de qualification, a appelé mercredi soir au "vote utile", jugeant que "toute voix portée sur une autre liste" que la sienne "renforcerait la majorité sortante" et que "la dispersion serait une erreur".
Épée de Damoclès
Pierre Hurmic était au contraire d'humeur badine mercredi soir après un meeting.
"François Mauriac disait, après la Seconde Guerre Mondiale, +Moi, j'aime tellement l'Allemagne que je suis content qu'il y en ait deux+. Moi, j'aime tellement la droite que je suis content quand il y en a deux", a-t-il ironisé, satisfait de "virer en tête" dans l'étude.
"Philippe Dessertine a dit haut et fort qu'il irait jusqu'au bout (...) J'ai plutôt tendance à penser que ce qu'il a dit, il le fera", a ajouté l'écologiste, qui veut "poursuivre et amplifier" la politique mise en place depuis 2020 (autonomie énergétique renforcée via notamment la solarisation de bâtiments publics, secteur piétonnier augmenté, grand plan de végétalisation...).
Au second tour, le sondage Ifop le donne vainqueur d'une quinquangulaire qui l'opposerait à Nordine Raymond (LFI) - crédité de 12% au premier tour, contre 5% à Nicolas Poutou (NPA) - ainsi qu'à Thomas Cazenave, Philippe Dessertine et Julie Rechagneux, dont l'institut juge la qualification encore "crédible".
Mais en cas d'alliance Cazenave-Dessertine, le maire sortant perdrait la quadrangulaire, d'après l'étude. De quoi le contraindre à se rapprocher de LFI, hypothèse exclue jusqu'ici ? À chacun son "épée de Damoclès", a commenté le directeur général de l'Ifop, Frédéric Dabi, dans le journal Sud Ouest.
Refusant de "spéculer", Pierre Hurmic, que soutiennent PS, PCF, Génération.s, Nouvelle Donne, Place publique et le mouvement l'Après, se dit "persuadé que tout électeur de gauche préfèrera voir notre coalition diriger la ville" plutôt qu'une "coalition de droite".
