Antisémitisme, complotisme : pourquoi Jean-Luc Mélenchon fait du Jean-Marie Le Pen
Longtemps Jean-Luc Mélenchon s’est cherché un maître, un modèle. Peut-on lui reprocher d’avoir ainsi tâtonné ? Il a enfin trouvé : il s’agit de Jean-Marie Le Pen. Copier-coller ! En septembre 1988, quelques mois après ses propos sur les chambres à gaz ("Je ne dis pas que ça n’a pas existé, je n’ai pas pu moi-même en voir, et je n’ai pas étudié spécialement la question, mais je crois que c’est un point de détail de la Seconde Guerre mondiale"), le président du Front national cherche à faire parler de lui et à remettre les projecteurs sur sa seule personne.
Pendant l’université d’été de son parti, il évoque le ministre centriste de la Fonction publique, Michel Durafour. "M. Durafour et Dumoulin, obscur ministre de l’ouverture, dans laquelle il a d’ailleurs immédiatement disparu, a déclaré : 'Nous devons nous allier, aux élections municipales, y compris avec le Parti communiste, car le PC, lui, perd des forces tandis que l’extrême droite ne cesse d’en gagner'", commence-t-il par déclarer. Les militants applaudissent, avant de savourer la suite : "M. Durafour-crématoire, merci de cet aveu !" L’orateur est en nage, il tient un mouchoir à la main, et la foule rit grassement. Le ministre de la Justice, Pierre Arpaillange, réagit : Jean-Marie Le Pen sera condamné à 10 000 francs d’amende pour injure publique, une peine qui sera confirmée en appel, en 1993.
Du Cap d’Agde à Lyon, d’un tribun à un autre. Quoi de mieux qu’une foule à haranguer avec un jeu de mots ? Quelle meilleure stratégie que de provoquer sans prendre aucune précaution oratoire ? Le parallèle saute aux yeux, la gestuelle est quasi identique. Jean-Luc Mélenchon, ce jeudi 26 février au soir, se lance dans une envolée dont il n’ignore rien des sous-entendus sur "l’affaire Epstein" : "Ah... je voulais dire 'Epstine', pardon, ça fait plus russe, 'Epstine'. Alors maintenant vous direz Epstine au lieu d’Epstein, Frankenstin au lieu de Frankenstein ! Eh bien voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. Vous pouvez tous progresser." Ici aussi, la foule rit grassement. Alain Soral aurait pu applaudir, lui qui a l’habitude des mêmes réflexions onomastiques. Pour mieux s’enfoncer, le dirigeant insoumis croit bon de préciser ce vendredi matin : "L'antisémitisme est du côté de ceux qui veulent tout ramener à ce sujet."
"Je ne suis pas ma caricature", assurait-il en 2022. Soit. Jean-Luc Mélenchon a choisi de se diaboliser lui-même, exactement comme Jean-Marie Le Pen, dont on oublie qu’il avait cherché, dans les années 1980, une forme de respectabilité avant de retomber du côté où il penchait. Mélenchon se défend d’être antisémite ? Si on le croit, c’est donc qu’il agit à des fins électorales. L’antisémitisme par calcul : l'explication est pire encore.
Jean-Luc Mélenchon décline actuellement l’intégrale de son Jean-Marie Le Pen illustré. L’incendie de Notre-Dame ? "Probablement le fait d’un service", disait Le Pen. Les attentats terroristes à Charlie Hebdo, Montrouge et à l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes ? "La mise en place de la réaction politico-médiatique fut si rapide qu’il ne peut pas y avoir d’improvisation", disait Le Pen. La mort de Quentin Deranque à Lyon ? "C’est un plan. On ne me fera jamais croire que cette histoire de traquenard de Némésis contre Rima n’était pas planifiée dans le cadre d’une vision d’ensemble. (…) Je pense que ces gens avaient décidé de faire monter d’un plan la tension en vue des élections", a dit lundi Jean-Luc Mélenchon, en faisant cette fois avec les bras les mêmes gestes que Marine Le Pen lors de son débat de l’entre-deux-tours de 2017 ("Regardez, ils sont là, ils sont dans les campagnes, dans les villes, ils sont sur les réseaux sociaux").
Jean-Marie Le Pen savait qu'il n'exercerait jamais le pouvoir. Sans doute Jean-Luc Mélenchon l'a-t-il aussi compris. Il lui reste le pouvoir des mots, le pouvoir de la violence. Ceux-là mêmes qui furent pendant longtemps l'apanage du fondateur du Front national.
