La star espagnole Rosalia va illuminer Lyon pour le début de sa tournée mondiale
Rien n'a filtré sur les contours de ce premier show à la périphérie de la "Ville des Lumières", quatre mois après la sortie du bien nommé "Lux" ("lumière" en latin).
Base arrière de la capitale, la LDLC Arena permet aux superstars un tour de chauffe dans une grande salle sans pour autant être sous les projecteurs de Paris, où Rosalia se rendra les 18 et 20 mars.
Cap ensuite sur le reste de l'Europe dont l'Espagne, où elle est adulée, avant les Etats-Unis et l'Amérique du Sud (Brésil, Mexique, Argentine).
A 33 ans, Rosalia est au sommet de son art, qu'elle renouvelle sans cesse. Chaque opus est teinté d'un univers musical propre.
Ses débuts riment avec le flamenco ("Los Angeles", 2017) et réinventent ce folkore andalou ("El mal querer", 2018), puis son reggaeton embrassant une électro-pop expérimentale ("Motomami", 2022) la propulse pour de bon sur la scène internationale.
"Elle se distingue en repoussant les limites de la musique pop. C'est une approche innovante et stimulante de la création musicale, destinée à un large public", résume à l'AFP Jordi Bianciotto, critique musical au journal espagnol El Periodico.
Ses derniers concerts en France, en 2022 et 2023, avaient marqué les esprits.
A l'Accord Arena, "elle utilisait de manière intelligente les écrans, il y avait des caméras en gros plan qui la filmaient pendant qu'elle se démaquillait sur scène, on voyait sa transpiration, son maquillage qui coulait", se remémore Odile de Plas, cheffe du service musique de l'hebdo culturel Télérama.
"On avait l'impression que ça pouvait être notre voisine de palier: elle avait un côté naturel, une proximité un peu étonnante chez les stars internationales", se rappelle-t-elle.
"Comme Bad Bunny"
Sorti sur le label Columbia (Sony), "Lux" transcende de nouveau les frontières musicales, attisant la curiosité sur sa déclinaison scénique.
Accompagnée par l'Orchestre symphonique de Londres, la star catalane livre une œuvre puissante, truffée de références mystiques, chantée en 13 langues, avec des invités de marque dont les Français Guy-Manuel de Homem-Christo - moitié des ex-Daft Punk - et Charlotte Gainsbourg.
"Elle met énormément en avant son bagage flamenco et le modernise, quitte à faire hurler les puristes", relève Odile de Plas.
Emancipée des carcans commerciaux de la pop mondialisée et de la figure-type de la star latina (Shakira, Jennifer Lopez), Rosalia emprunte un chemin alternatif, à plusieurs degrés de lecture.
"C'est une artiste qui ouvre vers d'autres musiques, d'autres connaissances. Elle rend curieux comme Bad Bunny qui a permis à plein de gens d’écouter des musiques dominicaines, de se rendre compte du lien (de Porto Rico) avec les Etats-Unis", compare la journaliste, estimant que cette pop est "chargée de culture visuelle, musicale, historique".
"Si je pouvais retourner à l'université, j'étudierais la philosophie et la théologie... Nous sommes aujourd'hui tellement divisés. En tant que personne, j'aspire à l'exact opposé", confiait Rosalia au Monde, en novembre.
Rave mystique
La chanteuse a déjà donné un indice de l'atmosphère qui pourrait régner sur cette tournée - pilotée par le géant Live Nation - autour de l'intense morceau "Berghain" en duo avec Björk.
Entourées de danseurs, choristes, musiciens et avec un mur d'enceintes pour décor, elles ont électrisé fin février la scène des Brit Awards, cérémonie anglaise de récompenses, jusqu'à un paroxysme techno en hommage au célèbre club de Berlin.
Rosalia a d'ailleurs été sacrée meilleure artiste internationale, une récompense qui rejoint sa collection de trophées dont deux Grammy.
"La version qu’elle a faite aux Brit Awards est une version différente de celle de l’album. Toute la partie finale, avec son électro-rave percutant, laisse présager que le côté plus électronique et dansant de Rosalia sera toujours présent", entrevoit le critique Jordi Bianciotto.
Musiciens, chorégraphies, travail scénique et impact visuel: tout sera scruté lors de ce premier concert.
Mais "juste avec sa voix, Rosalia sait tenir une scène", assure Odile de Plas. "Elle existe au-delà de toute la technique et l’esbroufe de la pop."
