Carburants non-fossiles: doutes de compagnies aériennes sur les objectifs européens
L'Union européenne, dans le cadre de ses efforts de décarbonation, impose qu'une partie croissante des carburants d'aviation soit issue de sources non-fossiles ("sustainable aviation fuels", SAF en anglais).
Fixée à 2% depuis le début de l'année, cette proportion doit monter à 6% en 2030 et progressivement jusqu'à 70% en 2050.
Mais d'ores et déjà, "nous ne disposons pas d'assez de SAF, et le SAF que nous avons est très cher", trois à cinq fois plus que le kérosène issu du pétrole, a affirmé Luis Gallego, patron du groupe aérien IAG (British Airways, Iberia...) au nom de l'association Airlines for Europe (A4E).
A4E, qui représente 17 groupes européens, de Lufthansa à Ryanair en passant par Air France-KLM et easyJet, organisait jeudi une conférence de presse à Bruxelles pour réclamer à Commission européenne qu'elle défende leur "compétitivité" à l'échelle mondiale.
M. Gallego a cité une étude affirmant que la production de SAF serait inférieure de 30% en 2030 aux niveaux nécessaires.
"Il est désormais évident que l'offre de SAF ne sera pas au rendez-vous pour atteindre les objectifs de 6% d'ici à 2030", a renchéri le patron de Ryanair, Michael O'Leary.
"A moins que des mesures soient prises immédiatement" pour faire augmenter la production, "la seule solution est de décaler l'objectif 2030", a ajouté M. Gallego.
Au niveau mondial, le secteur aérien, qui contribue actuellement à quelque 3% des émissions de CO2, s'est engagé à "zéro émission nette" à l'horizon 2050 et compte à 65% sur les SAF pour atteindre ces objectifs.
"Je pense que nous sommes tous alignés sur notre engagement à zéro émission nette d'ici à 2050", a affirmé jeudi le directeur général d'Air France-KLM, Benjamin Smith.
Mais le patron du groupe Lufthansa, Carsten Spohr, a estimé que le retard d'Airbus dans son programme d'avion à hydrogène, et la priorité désormais donnée par certains groupes pétroliers à la production d'énergies fossiles "auront des conséquences sur l'objectif" 2050.
"Faisons en sorte de créer un débat plus honnête sur ce sujet", a-t-il plaidé.
