Les territoires périurbains, cette France toujours et encore oubliée
Depuis 2020, l’Insee propose un zonage du territoire national qui, sur un critère de densité de la population, lui permet de distinguer deux types d’espaces : les communes urbaines et les communes rurales. Cette dichotomie trop simple est symptomatique de l’oubli systématique des territoires périurbains dans nos schémas de pensée, un oubli aux conséquences cruelles pour ces derniers : non seulement un sous-investissement chronique en matière d’aménagement, mais aussi des lois aveugles à la diversité des contextes territoriaux, au-delà du binôme ville-campagne.
L’investissement dans les infrastructures et la transition environnementale des métropoles masque en effet un sous-investissement majeur en zone périurbaine, alors même que le rendement des investissements y serait bien plus important qu’en zone urbaine dense. Par exemple, la création d’une ligne de bus en site propre pour relier deux pôles dans ces territoires a un coût très faible et un impact important en termes de réduction à la fois du temps de transport des habitants et des émissions de carbone. Les mobilités des territoires périurbains, qui concentrent plus d’un tiers des 67 millions de Français, sont stratégiques pour la transition environnementale de notre pays, la plupart des trajets quotidiens y étant effectués en voiture individuelle.
Des territoires au potentiel colossal
En matière de législation, ces territoires sont tout autant oubliés, voire sacrifiés. La loi climat et résilience, qui introduit l’objectif de Zéro Artificialisation Nette (ZAN) des sols d’ici 2050, en est un exemple frappant. Rappelons d’abord que la France est l’un des pays les moins denses d’Europe et que donc l’artificialisation pose essentiellement la question de la qualité des sols et pas de leur quantité. Cette loi introduit un instrument comptable qui détermine un classement binaire : terre artificialisée ou terre non-artificialisée, sans tenir compte de l’usage qu’on souhaite en faire. Elle ne tient donc pas compte de la réalité des enjeux du périurbain, qui a parfois besoin de consommer de l’espace pour s’équiper, se moderniser, se polariser et enfin se densifier.
En réalité, on a érigé depuis bien trop longtemps la ville compacte comme l’unique modèle du bon aménagement écologique et du bien vivre ensemble. Pourtant, la plupart des élus des centres-villes font déjà tout pour tenter de limiter leur densification. La France périurbaine et pavillonnaire est, de son côté, taxée d’anti-écologisme, alors que la ZAN risque d’y empêcher tout investissement. L’oubli de ces territoires puise donc ses sources dans un problème de représentation de notre géographie et de ses spécificités mais aussi et surtout dans un problème de gouvernance. Tandis que les métropoles bénéficient de gouvernances fortes, d’opérateurs bien implantés, les territoires périurbains souffrent de l’émiettement communal et de l’absence d’intérêt politique. Il est urgent de remettre l’aménagement du territoire aux bonnes échelles, celle de la région et celle du département en particulier.
Les territoires périurbains sont ceux de plus d’un tiers des Français, parfois par la contrainte des prix immobiliers des villes-centres, mais le plus souvent par choix. Un choix motivé par la recherche d’une meilleure qualité de vie, grâce à la proximité de la nature mais aussi de la ville, permettant une meilleure maîtrise de son rythme de vie et de ses interactions sociales, aussi grâce au gain d’espace. Il y a dans ces territoires un potentiel colossal non seulement de qualité de vie mais aussi de contribution à la transition écologique et au dynamisme économique. Des politiques innovantes en matière d’équipements publics et de santé, d’accès aux services de proximité, d’offre numérique sauront créer une vie périurbaine inédite, en alternative au modèle urbain dominant.
Rendons à ces territoires le pouvoir de décider, d’aménager et d’investir !
* Nordine Hachemi, PDG du groupe Kaufman & Broad
* Jean-Marc Offner, Président de l’École urbaine de Sciences Po

