Nationalisation de TotalEnergies : la démagogie de LFI
En matière économique, LFI se démarque régulièrement par ses propositions toutes aussi démagogiques les unes que les autres. Sur RTL, la députée Clémence Guetté a évoqué la possibilité de nationaliser TotalEnergies, au moins pour ses activités de raffinage et de distribution, pour contrer la hausse des prix du carburant. Une opération qui serait, selon elle, « rentable dès la première année ». Une mise au point s’impose.
Première réalité : les prix des carburants ne dépendent pas du statut de l’entreprise, mais des cours mondiaux du pétrole. La fermeture du détroit d’Ormuz et les tensions géopolitiques pèsent infiniment plus que la structure capitalistique du groupe. Ensuite, comme Isabelle Patrier, directrice France, a eu l’occasion de le rappeler lors d’une audition à l’Assemblée, la France est le seul pays dans lequel Total plafonne les prix (1,99 € par litre pour l’essence et 2,25 € pour le diesel) mais M.Pouyanne vient d’annoncer que si Total est taxé pour superprofits, on pourra dire adieu au plafonnement... Ce plafonnement est supporté entièrement par l’entreprise, et non par l’État ou le consommateur, et il permet d’avoir des prix significativement plus bas que la moyenne nationale (2,23 € par litre).
Deuxième réalité, systématiquement éludée : la fiscalité. TotalEnergies est déjà fortement imposé, avec un taux d’imposition mondial moyen de plus de 40 %. Contrairement à une idée largement répandue, ses activités en France sont régulièrement déficitaires. C’était le cas notamment entre 2021 et 2024. Cela n’a toutefois pas empêché le groupe de s’acquitter de 243 millions d’impôts en 2024, soit le huitième montant le plus élevé dans 69 pays dans lesquels l’entreprise est implantée. Comme Erwan Quéinnec l’a expliqué dans un précédent article, ces pertes sont très probablement économiques et non purement fiscales. La nationalisation, en plus de représenter un engagement financier considérable, n’aura donc aucune influence sur les lieux où Total réalise le plus de bénéfices, et rien ne permet d’affirmer qu’elle rapportera « 30 milliards de plus dans la caisse de l’État en cinq ans ».
Troisième réalité : l’accès à l’information. La nationalisation reviendrait à transférer au secteur public des activités parmi les plus exposées à la volatilité des marchés. Or, l’État ne dispose pas de l’information nécessaire pour gérer efficacement une entreprise. Dans une économie de marché, les décisions reposent sur une multitude de signaux décentralisés que seuls les acteurs directement engagés peuvent capter et exploiter en temps réel. Une administration centralisée, par définition, n’a accès qu’à une information fragmentée. Le risque : des décisions mal calibrées, dictées davantage par des considérations politiques que par des impératifs économiques.
Plus fondamentalement, la nationalisation pose un problème moral dans la mesure où elle n’est rien d’autre qu’un vol légalisé par l’État. Derrière l’illusion du terme (la nation n’est pas une réalité concrète permettant de reconnaître à 68 millions de personnes un quelconque droit de propriété), elle revient, ni plus ni moins, à donner un blanc-seing à des hommes politiques n’ayant aucune compétence reconnue pour gérer une entreprise correctement.
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